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 Maroussia Hodge, de Kul Tiras à Kul Tiras.

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Maroussia Hodge

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MessageSujet: Maroussia Hodge, de Kul Tiras à Kul Tiras.   Lun 12 Fév - 20:33

Chapitre I. Theramore




Quinze ans auparavant.


Le bruit des canons était assourdissant. L’air était irrespirable, mélange d’une légère odeur de poudre et de souffre et celle, qui prend à la gorge, du sang. La gamine enjamba un premier corps, avant de se plaquer au sol, dans un creux de la coque, échappant de peu à une écharde, morceau de bois brisé, de la taille d’une de ses jambes. Elle ignorait combien de temps s’était écoulé, depuis l’engagement du combat. Pour tout dire, elle n’en avait strictement rien à faire. Elle avait passé les dix ou vingt premières minutes affalée dans un coin, incapable de réagir. On était loin des récits héroïques qui commençaient dans l’ivresse et se terminaient dans un chant, que les marins tirassiens aimaient conter et compter encore, dans les tavernes de Boralus.


Si elle n’avait que quelques printemps, quinze, tout au plus, elle n’était pas suffisamment naïve pour croire que ça allait être beau, la guerre. Mais ça dépassait de loin ses plus grandes craintes. Elle touchait pour la première fois à la notion du véritable courage. Pas celui des mots, des tirades enflammées, de la fierté du sang, des traditions et de la terre. Le courage de prendre les armes dans ce qui n’est souvent qu’une grande partie de hasard, d’accepter la mort imminente, de garder ses regrets pour soi. Une leçon de vie accélérée, de quelques heures tout au plus, qui permet de classer dans un coin de l’esprit les idéaux, et dans l’autre la réalité, sale, puante, suffocante, faite de membres désarticulés, de sang qui se mêle aux embruns et au bois du pont, d’hommes qui se meurent lentement, s’accrochant à la vie comme un mendiant à une pièce d’or.


Durant dix minutes, elle n’avait su quoi faire. Les boulets de canons retentissaient sans qu’il ne soit possible de distinguer leur provenance comme leur trajectoire. Les cris se mêlaient, faibles, au sifflement du vent. Aurait-elle bougé, si Théodore n’était pas venu la secouer ? Elle pourrait en douter, si l’adrénaline ne coulait pas avec tant de force dans ses veines.

Son aîné lui ressemblait beaucoup. Ou sans doute était-elle, une pâle copie de son frère. Elle n’était que brindille là où il était aussi noueux, du haut de ses vingt-deux-ans, qu’un tronc d’arbre. Mais ils avaient ce même regard gris, vif et impitoyable, cette chevelure corbeau, raide et épaisse, et ces traits qui auraient pu être délicats s’ils n’avaient pas été marqués par un caractère anguleux. Les Hodge n’étaient pas connu pour être de fins blagueurs ou des hôtes agréables, leur austérité n’égalait souvent que leur franchise. Peu apprécié, mais souvent respecté. Du genre de ceux avec qui on ne s’encanaille pas un soir de fête, mais dont on ne trouvera jamais porte close.

Théodore avait quelque peu échappé à cette malédiction – ou bénédiction – familiale pour l’âpreté. Rigoureux, mais avenant. Il était aimé et respecté des marins de l’Akir, même ceux qui avaient le double de son âge. « Le plus jeune quartier-maître depuis quarante ans, de toute la flotte kul tirane », aimait à répéter son père à qui voulait bien l’entendre, et l’homme n’étant pas bavard, cet excès de flatteries traduisait une fierté sans pareille. « Nul doute que Théodore deviendra capitaine avant ses trente ans. De Père en fils, c’est dans le sang ».


A cet instant ou le sang des tirassiens s’éparpillait sur le pont de l’Akir et des autres navires de guerre en gros bouillon écarlate, Maroussia n’avait pour seule envie que de planter l’épée batarde qu’elle tenait à la main – trop lourde pour elle – dans la gorge de son père, pour lui faire regretter ses mots, sa candeur et son idéalisme.


La jeune kul tirane se mis à ramper entre les corps des mourants et des morts. Ils n’essayaient même plus de rendre coup de canon pour coup de canon, le navire étant proche de l’épave. Elle leva les yeux par dessus le bastingage pour tenter de prendre conscience de la situation. Là encore, la pratique s’avérait bien plus confuse que la théorie. Elle ne voyait rien, si ce n’est la fumée des canons et l’ombre des navires alentours. Difficile de distinguer le vert des voiles tirassiennes, de l’écarlate des navires de la Horde. Aucun signe de vie du navire commandant, ou se trouvait l’amiral Daelin Portvaillant. Et soudain, parmi les brumes superficielles qui recouvraient Théramore, elle aperçu l’ombre d’un imposant destroyer hordeux alors qu’il n’était plus qu’à quelques mètres.

Le temps de l’abordage était venu. L’Akir se tenait comme un animal blessé, qui souhaite s’éloigner pour mourir. Les mats robustes qui avaient fait moult fois la fierté de ceux qui ont la mer dans le sang étaient difformes, brisés, la voilure se rependant dans les eaux pour la couvrir d’un rideau vert, l’ancre noire brodée sur le grand hunier, symbole de Kul Tiras, prenait l’eau dans une ironie malsaine.


Le temps de l’abordage était venu. Et à discerner la taille des silhouettes orcs, elle ne tiendrait pas longtemps. Une bouffée de frayeur, irascible et impossible à contenir, la pris de cours. Elle hésita, un bref instant, à courir à toutes jambes vers l’autre bord, lâcher cette épée qui semblait avoir la taille d’un cure-dent face aux ombres géantes qui approchaient sans cesse, plonger dans cette eau froide et réconfortante, pour oublier. S’oublier. Mais Théodore apparut sur le pont, entouré de trois marins – sans doute les derniers survivants – lame au poing, bouclier dans l’autre. Déterminé. Sans doute avait-il peur, lui aussi. Mais il avait alors la force de ne pas le montrer. Et cette sérénité, celle d’un jeune homme de vingt-deux ans, dans ses derniers instants, marqua Maroussia sans doute plus que toute autre chose. Là était le véritable courage. Il n’était plus question de fierté, d’orgueil, mais d’acceptation de l’inévitable. « Voir venir la mort en face » n’est pas donné à tout le monde. Et lorsque les yeux de son frère se figèrent pour une éternité, qu’il fut frappé et tranché à la gorge par le premier – ou le second – des orcs qui foulèrent le pont de l’Akir, elle choisit de se souvenir uniquement de cette sérénité, passant outre le sang et la chaire, oubliant le trou béant là ou avait été son cœur.


Plus tard viendraient les regrets, le sentiment incommensurable de gâchis. Le refus de se battre et de perdre pour des choses qui n’en valent pas la peine dans une vie courte qu’est l’existence humaine. Mais à ce moment là, ce fut la haine qui l’emporta. Et la gamine de quinze ans qu’elle était alors, un peu trop grande, et beaucoup trop maigre, chargea à mort un groupe d’orc, sans aucun instinct de préservation, avec pour seul but celui de faire le plus de dégât possible avant de rejoindre son frère dans la mort.


Elle appris plus tard, des lèvres du second et unique rescapé de l’Akir, qui lui sauva la vie ce jour là, qu’elle parvint à en tuer deux. Visiblement, ils ne s’attendaient pas à ce qu’une frêle humaine puisse être prise d’une furie meurtrière. L’homme qui restait - un ami de son frère, homme trop vieux pour être utile en temps de guerre, mais trop sage pour être inutile en mer – parvint à la tirer à l’eau en profitant de la désorientation des peaux vertes pour la passer par dessus bord. Elle perdit connaissance. Et par une bonne étoile, un dieu quelconque ou un simple tour du destin, elle fut parmi les trois seuls navires qui réchappèrent de ce qui deviendrait le carnage de Theramore, point final de la marine tirassienne telle qu’on l’avait connue, fière, presque hautaine, régnant sur les mers comme un prédateur sur les restes d’une proie.


Ce jour là, Maroussia appris, outre la douleur de la perte et de la frayeur de la mort, deux leçons. Et si elle rejetait alors en bloc l’éducation austère qu’elle avait reçue dès l’enfance, elle n’en demeurait pas moins une Hodge, si bien que ces leçons furent sur elle un coup de marqueur indélébile.


La première était la libération dans la rage. L’adrénaline aveuglante de ne plus discerner l’humain dans l’inhumain, de ne jamais se fier aux apparences. La plus frêle et jeune personne peut devenir meurtrier, si ce n’est bourreau. La rage libère de la peur, et il n’y a plus d’ordre, de hiérarchie, uniquement le fait de tuer pour ne pas mourir. De tuer, pour mourir plus tard. Plus d’héroïsme, uniquement de la rage.

Elle apprendrait plus tard à contrôler sa rage. Trouvant en hiérarchie l'unique moyen de la canaliser. Acceptant l'ordre, les échecs, et maintenant toujours cette distance salvatrice avec ceux pour qui elle n'hésiterait pas un instant à donner sa vie. L'ordre devint gage d'efficacité, et l'efficacité devint synonyme de survie. L'exploit individuel n'est rien face à un groupe soudé. Si ce jour là elle aperçu l'idée, comme tout apprentissage, il lui faudrait du temps, des rencontres et des pertes, pour l'accepter. Il n'était pas tant question que de cacher des sentiments ou de les amoindrir, mais de faire passer toujours le collectif avant l'individuel. Le quantitatif, aussi. La vie d'un frère n'est finalement que peu face à la vie de milliers d'autres. Et si elle pleura longtemps ce jeune homme qu'elle avait presque idolâtré, pas un seul instant elle pensa revenir en arrière.

La seconde, c’était la force de la loyauté. Elle aurait sans doute préféré mourir ce jour là, que de vivre avec les morts. Mais les vivants ne se battaient pas pour eux. Pas pour une cause qui les dépasse. Pour ceux qui se tenaient encore là, à côté d’eux. Elle mis du temps a assimiler cette seconde leçon. Elle l’a refusa, se détesta longtemps pour cela, détesta l’homme a qui elle devait son salut.  Mais elle compris ensuite que s’il existe des combats vains, certains doivent tout de même être menés.


On ne retrouva pas le corps de Théodore et des centaines d’autres qui périrent ce jour là. On ne les chercha pas. Maroussia Hodge rentra à Boralus avec tous les honneurs dus aux survivants des bavures de guerre. On lui proposa un poste de quartier-maître, à bord d’un des derniers navires de guerre que comptait désormais la flotte tirassienne.

Son père fit d’elle un héros, elle qui pourtant s’était engagée en secret et contre l’avis paternel, quelques mois auparavant. Il n’avait plus d’aîné, mais il lui restait une fille. Une fierté de substitution, pâle copie de son préféré, mais qui l’empêchait de sombrer dans le chagrin.

Sa mère, elle, se mura dans un silence qui ne la quitterait pas jusqu’à son lit de mort. Un silence réprobateur, plus pesant que toutes les phrases qu’elle aurait pu prononcer. Elle aurait préféré perdre sa fille que ce fils qu’elle chérissait tant, si bien qu’elle reporta sur Maroussia les causes de son chagrin, voyant chaque jour en elle le visage de ce qu’elle avait perdu.


Soixante jours après être rentrée à Kul Tiras, Maroussia Hodge pris à nouveau la mer. L’ombre de son frère pesait sur elle plus que sur quiconque. Mais à choisir, elle aurait affronté tous les silences assassins de sa mère plutôt que la fierté, tonitruante, de son géniteur.

Elle n’était pas un héro. Les héros n’existaient pas. Et c’est à bord d’un navire qui ne portait aucun pavillon, aucune affiliation, aucun but si ce n’est celui du gain, qu’elle quitta pour de bon l’île de son enfance.

Sans aucune soif d’aventures, en ayant perdu toute trace de curiosité enfantine, mais sans regrets, et sans un regard en arrière.

***


Dernière édition par Maroussia Hodge le Mar 15 Mai - 17:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Maroussia Hodge, de Kul Tiras à Kul Tiras.   Mar 15 Mai - 17:13

Chapitre II – Cabestan


Treize ans auparavant.

Maroussia Hodge ramena une mèche de cheveux noirs derrière son oreille, essayant vainement de dégager son visage. L’ambiance était moite, la chaleur écrasante et le soleil à son zénith, rendant le temps difficilement supportable alors que le vent jouait aux grands absents. Elle soulevait des caisses avec automatisme, maillon d’une chaine bien huilée qui consistait à charger le navire marchand sur lequel elle officiait en tant que navigateur. Ils lèveraient l’ancre le lendemain, à l’aube, en direction de Baie-du-Butin pour remonter ensuite la côte afin de rejoindre Ménethil, en passant par Hurlevent.

Corsaire, tel était désormais son nom. Un mot qui englobait une palette de réalités différentes, mais qui consistait globalement à donner son temps, ses compétences et son sang au meilleur payeur, pour l’amener à bon port.

Cela ferait bientôt deux ans qu’elle avait quitté Kul Tiras. Elle avait beaucoup voyagé, et appris une manière différente de naviguer. De se battre, aussi. Là ou elle maîtrisait l’escrime traditionnelle, dure et rigoureuse des maitres d’armes insulaires, elle s’était initiée au combat déchainé de ceux qui apprennent par eux même, avec pour seul but celui de tuer et de ne pas être tué. Moins d’honneur, moins de codes, mais tout autant d’efficacité. A croire qu’un bon coup de genoux dans les couilles était souvent la solution à bien des problèmes.

Elle avait aussi rencontré des gens qu’elle n’aurait jamais côtoyé, en restant dans la tirassienne, ou pire, en devenant maîtresse de maison et mère de famille, dans la juste lignée de la Maison Hodge. Chemin tracé qui lui semblait bien éloigné désormais, alors que le seul trait commun que partageait les femmes et les hommes avec lesquels elle travaillait était l’amour de la mer, et le culte de la liberté. Ou la fuite. Maroussia s’était aperçu, au fil des rencontres, que l’on terminait souvent sur un navire pour éviter ce qui se trouve à terre, que ce soit une amante éconduite ou des dettes. En général les deux.

Deux années, ou elle avait aussi appris à aimer. Apprendre, un mot sans doute antinomique au fait même d’aimer, mais la jeune kul tirane demeurait une Hodge, qu’elle le veuille ou non, et malgré ses tentatives pour se laisser aller à l’insouciance ou à la frivolité, elle maintenait autour d’elle une carapace épaisse qui s’exprimait autant par la distribution de quelques coups de pieds au cul – notamment aux grands gaillards pleins de bon sentiments mais beaucoup trop convaincu de leurs bons droits, intrinsèquement liés à leur force – et son incapacité latente à lâcher du lest. Elle suivait un quotidien bien huilé, et si elle participait avec joie aux boutades et aux cuites de tout corsaire digne de ce nom, elle était toujours la première levée, à s’entrainer sans cesse, à manœuvrer, à réfléchir à des améliorations. Cette austérité naturelle s’apparentait à une certaine forme d’autorité, qui détonnait avec ce qu’elle était encore, une simple gamine qui atteignait à peine les dix-huit printemps. Elle lui avait valu le surnom de « Crestfall », en lien avec cette ile au large de Kul Tiras, dont les habitants sont réputés pour ne pas être commodes, et parce que Hodge en faisait réellement qu’à sa tête.

- Hé ! Crestfall ! Tu as vu l’arrivage de bleus ?

Maroussia tourna la tête en direction du cri, sortant de ses pensées. Elle déposa la caisse qu’elle portait sur ses épaules au sol, le tintement indiquant qu’il s’agissait sans doute de bouteilles de rhum.

- Y’a au moins trois navires. Ils ne déconnent pas, les bougres. Port-Coton à côté, c’est du petit lait, repris Tobias, admiratif, en observant la baie de Cabestan.

Hodge suivit son regard, et put que confirmer les dires de celui qu’elle considérait comme un ami. Les « bleus », les jeunes navires de l’Alliance, avaient une certaine classe, qui lui rappelait le panache de la flotte tirassienne.

- Ils ont du cran, de venir s’installer au mouillage ici, répondit-elle, en scrutant toujours les étendards bleus et or qui pendaient aux mats, repliés sur eux-mêmes.

- Du culot, ou des envies suicidaires. Ogbert m’a dit que le Cartel s’en frottait déjà les mains. Je n’sais pas combien de temps ils comptent rester, mais ça va relancer l’activité des tavernes et des bordels. Sans compter les courses et les combats de chiens.


***


L’ambiance dans la taverne était survoltée. Deux hommes combattaient sous les acclamations d’une foule imbibée et désinhibée, et des gobelins faisaient tourner monnaie et verres, professionnels. Dans une alcôve se tenaient quelques soldats de marine. Ils portaient l’insigne de la flotte mais avaient troqué leurs tabards, tâchant visiblement de se faire discret.

Discrets, ils ne l’étaient pas, et subissaient les regards intéressés – envieux ou dédaigneux – de nombre de corsaires et de mercenaires présents dans la taverne.
Du haut du perchoir que représentait sa balustrade, Maroussia les observait avec attention. S’ils présentaient un détachement certain, presque calculé, nul doute qu’ils demeuraient sur leurs gardes, et à raison. Cabestan n’était pas une ville de prédilection pour des soldats de l’Alliance, et si elle représentait un lieu de fêtes et de villégiature privilégié, elle n’en demeurait pas moins dangereuse, que l’on porte le bleu ou le noir. Au royaume des gobelins, tout avait un prix, et il se mesurait en général en or, ou en son équivalent de Kaja’mite. Le risque était en général proportionnel au gain, et nul doute que certaines têtes brulées seraient prêtes à tenir tête à des soldats pour quelques pièces de plus.

- Et bien, Crestfall, tu es bien pensive, ce soir. Tu as perdu le goût sucré du rhum et de la douceur de mes lèvres ?

Maroussia étira un sourire à la remarque aussi cavalière qu’usuelle de ce nouvel interlocuteur, dont la seule chose notable était cette crinière de crins noirs et épais, qui lui rappelait les Fjord fougueux de Drustvar, petits, trapus et teigneux.

- J’ignorais que je te manquais autant, Sam. On se croise tous les trois mois, et cela me suffit amplement. Tu devrais d’ailleurs moins consommer de sucre, tu t’empâtes.

Le dénommé Samuel posa la main sur sa chemise à l’emplacement du cœur, aussi théâtral que faussement blessé. Il esquissa un nouveau sourire, non dépourvu d’un certain charme pour qui est davantage sensible à la sauvagerie qu’à l’ordre.

- Ah, Crestfall… Trois étreintes en deux ans, et tu mords toujours autant. Je me languis chaque jour un peu plus de ne pas partager ton bord. La paye du Port-Coton serait un peu plus onéreuse que je signerai avec la vieille Bianca ce soir même ! Mais aucune femme, aussi belle soit-elle, ne vaut son pesant d’or…

S’en suivit une longue discussion entre les corsaires sur quelle femme aurait bien pu, elle, valoir son pesant d’or. La liste s’avéra rapidement aussi courte que blasphématoire, des noms tels que Jaina Portvaillant ou Sally Blanchetête tournant en boucle dans toutes les bouches, si bien que la conversation dériva vers un autre sujet de débat d’une importance extrême : les capacités mutuelles du Port-Coton, le navire marchand dirigé par Bianca, surnommée dans ses mauvais jours « le Tyran », et le Gisèle, un navire du Cartel Gentepression, aux missions plus rentables, dont le risque était disproportionnel à la légalité.
Maroussia Hodge profita du chaos propre aux débats futiles mais enflammés pour se replonger dans ses pensées, sirotant un second ou troisième rhum. A quelques mètres de là, sans qu’elle ne le remarque, un homme en bleu et à l’insigne de capitaine ne la quittait pas des yeux.


***


- Et bien, les bleus, on se tire déjà ? Ça boit un petit coup, ça tire un petit coup, et ça fait profil bas ?

La nuit était bien avancée, et le soleil de plomb avait laissé la place à une nuit qui se rafraichissait d’heure en heure. Cabestan était calme, si ce n’est le léger chahut que l’on entendait à l’autre bout de la ville, dans la dernière taverne encore ouverte. Les soldats de l’Alliance étaient sorti à la fermeture du Chien Galant, avec pour seule compagnie quelques coups dans le nez. Maroussia les avait suivis, sans savoir pourquoi. Sans doute avait-elle besoin d’action, d’autre chose que ces perpétuelles soirées de beuverie, dont elle espérait qu’elles se terminent en rixes exutoires, ou elle prendrait un plaisir éphémère à casser quelques nez.

- Votre pauvre mère vous a visiblement mal éduqué, Monsieur. La moindre des politesses est d’initier une conversation par les introductions d’usage.

L’homme qui répondit d’une voix courtoise, presque flegmatique, était celui de la taverne. Le chef, le capitaine, Maroussia s’en était rapidement rendue compte. Il n’était pas spécialement grand ou carré, le cheveu blond, la barbe parfaitement taillée. Il dégageait une certaine force, de celle qui se mesure davantage dans les yeux que dans la circonférence d’un bras.

Le rufian qui les avait alpagué, visiblement un homme du coin, sembla quelque peu surpris par cette (absence de) répartie, et plissa les yeux. Il était passé maître dans l’art de déclencher des rixes, et les soldats en civils ne réagissaient pas comme il s’y attendait, à savoir une escalade dans les insultes, avant la désescalade par la violence. Il se reprit, plissa les lèvres et cracha au sol.

Non loin de là, dans l’ombre d’un porche, Maroussia observait la scène, hésitant à intervenir. Un homme, même le plus grand des poivrots, n’attaquerait jamais à un contre dix, surtout des soldats de marine. Il devait avoir du renfort, non loin de là. Sur les toits, sans doute, et tapis dans…

L’homme siffla trois fois. La jeune kul tirane avait vu juste, et une vingtaine d’individus, hommes et gobelins, pour la majorité d’entre eux, sautèrent des toits les plus proches pour venir encercler le groupe de militaires, prévenant ainsi toute tentative de fuite, selon la très connue « technique du coupe gorge » dans les milieux des petites et grandes frappes, du non de la ruelle cul-de-sac du même nom, qui ne comptait plus ses victimes, à Hurlevent.

Les soldats resserrèrent les rangs, par automatisme. Ils n’étaient pas ou peu armés, mais avaient pour eux la discipline militaire, souvent synonyme d’un sang-froid à toute épreuve.

- Et bien, Mademoiselle Hodge. Vous nous donnez un coup de main, ou vous faites dans le délit de fuite et dans la non-assistance à personne en danger ? Reprit le Capitaine blond, qui ne semblait accorder aucune attention aux ombres qui tombaient une par une autour de lui. Il regardait Maroussia, avenant, presque malicieux. Il attendait une réponse.

Maroussia hésita un quart de seconde, tergiversant sur le fait même que le capitaine connaisse son nom. Mais le coup de poing que se prit l’homme à la gauche de celui qui, elle l’apprendrait plus tard, s’appelait Frédéric Duchêne, la mis en ordre de marche. Elle se fraya sans mal un chemin vers le groupe de soldats, brulant en quelques secondes une solide réputation auprès de la pègre de Cabestan. Et s’en forgeant une nouvelle, plus timide, dans la marine alliée.


***


Quelques longues minutes, hématomes et côtes cassées plus tard, le capitaine Duchêne lui proposa de rejoindre son bord. Retrouver le militaire, pour servir sous un pavillon qui n’avait ni ancre ni vert. Une nouveauté. Des valeurs pour la plupart inconnues, rejetées pour le reste. Maroussia promis d’y réfléchir.

Il ne lui fallut que le court chemin vers le quai ou était amarré le Port-Coton pour prendre une décision : deux ans d'amitiés, qui, si elle était restée dans les clous dorés de sa vie à Kul Tiras, elle n’aurait jamais daigné rencontrer. Deux ans pour apprendre une nouvelle forme d’humilité, à être remis à sa place, en bas de la chaine alimentaire. A accepter les mains tendues, mais à veiller à ce qu’elles n’agrippent jamais le bras, au nom des meilleurs sentiments du monde.

L’indépendance. Etait-ce réellement cela, la liberté ? En quittant la marine tirassienne, elle pensait avoir de comptes à rendre qu’à elle-même, de ne dépendre de personne. Mais en vérité, elle rendait des comptes à un ennemi bien pire et plus insidieux que le plus tyrannique des chefs militaires : l’ennui. Outre le besoin d’aventures, il lui manquait une chose que la plus belle tempête ne parviendrait à combler, un sentiment d’utilité, de participer à son échelle à la marche des choses.
N’était-ce pas vain de pouvoir voyager partout, de pouvoir tout quitter en un battement de cil, lorsqu’on ne savait pas ou on voulait aller ?

Lorsque l’aube se leva, le lendemain matin, deux navires levèrent l’ancre en direction des Royaumes de l’Est.
L’Aspirante Maroussia Hodge se tenait du haut de ses dix-huit printemps, perchée à la vigie, laissant le Port-Coton se transformer en une minuscule tâche blanche, à l’horizon. Elle avait signé dans la nuit son contrat d’engagement, rejoignant l’Antidote, navire de guerre de l’Alliance, à bord duquel elle passerait quelques années, et quelques aventures.

***
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Maroussia Hodge

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MessageSujet: Re: Maroussia Hodge, de Kul Tiras à Kul Tiras.   Mer 27 Juin - 15:59

Chapitre 3 – Kezan [Première partie]






Treize ans auparavant.

Maroussia Hodge divaguait. Les minutes paraissaient être des heures, et les heures des journées qui se succèdent, sans foi et sans fin. A son arrivée sur l’île – abandon serait le terme exact – elle avait bien tenté de compter les jours et les heures, de rationner les huit gorgées d’eau que contenait sa gourde, et trouver un pan d’ombre sous une mince feuille de cocotier. Elle avait tenu trois jours, peut-être quatre. Mais le morceau de roche sur lequel elle était perchée, pas plus grand qu’un ongle de pouce si on faisait de la mer une femme, peu verni en plus, écailleux et écaillé, désert, minuscule, n'offrait rien d'autre que du sable et un unique cocotier. Un véritable clichée d'île déserte, avait pensé Maroussia en étirant un sourire, au moment ou elle n'était pas encore trop assoiffée pour être capable de faire preuve d'un trait d'humour.

Elle n’avait aucune idée d’où elle se trouvait. Mer du Sud, comme en témoignait le climat humide, les vêtements qui collent à la peau, et un vent qui souffle par rafales, sans apporter de réelle fraicheur. Une minuscule île dans la Mer du sud, telle une aiguille dans une meule de foin… Que personne ne cherchait, d’ailleurs.

L’eau turquoise du lagon, à quelques mètres à peine, lui rappelait sa soif incessante, de celles qui brûlent une gorge plus qu’elles ne l’irritent. Tentatrice, mais inaccessible. Elle qui n’avait jamais manqué de rien étant enfant touchait du doigt ce désir lattant d’obtenir ce qu’on ne pouvait avoir, et cette faim, bien loin du simple « ceux », qui remue le cœur et les tripes. La tirassienne ne pensait qu’à ça depuis la première et dernière noix de coco, cueillie au sommet de l’unique palmier de cette maudite bande de sable dénommée par quelques savants insipides « atoll », mais qui n’était rien d’autre qu’un caveau funéraire – le sien – si tant est qu’on remplace la pierre par le sable et la mer.

Maroussia se surpris à sourire face à tant de cynisme. A choisir une mort douce, elle aurait préféré la neige au soleil. Le froid permet de s’oublier lentement, alors que le cœur et le corps ralentissent pour s’arrêter en douceur. Ici, elle pouvait deviner à l’avance l’odeur de décomposition de son propre corps, qui ne tarderait pas à exsuder, une ou deux heures à peine après son dernier souffle.

Effectuant un léger mouvement qui lui valut un effort titanesque, elle atterrit sur le dos, reposant sa tête au pied du cocotier, sur un semblant d’oreiller en sable. Comment en était-elle arrivée là déjà ? Ah oui. Encore une connerie de l’Alliance.

***


Elle avait rejoint l’Antidote et son capitaine, Frédéric Duchêne, deux mois auparavant. Soixante jours, plus riches en émotion que les deux années qu’elle avait passé dans la marchande. Maroussia s’était abreuvée de connaissances comme un animal à une source d’eau fraiche, suivant le rythme effréné de celui qui deviendrait quelques années plus tard Amiral, mais qui pour l’instant se contentait de mener à la baguette son équipage. Duchêne était gilnéen, et parmi les plus sympathiques d’entre eux. Il n’avait pas l’austérité des Hodge et la franchise – ou la récrimination des Kul Tirans, il était même plutôt aimable, charmeur, voir enjôleur… Avec les autres. Les titans seuls savent pourquoi, il considérait Maroussia comme un déchet, un moins que rien. Une fois encore, son orgueil en prenait un coup. Si elle ne s’attendait pas à être traitée avec déférence, elle avait enfin compris le sens du mot bizutage, et il ne s’agissait pas d’astiquer le pont et d’être de corvée de latrines. Outre un entrainement continu, qui commençait à l’aube, avec pour seule compagnie que Duchêne, la cadette des Hodge était testée en permanence, tant sur sa maîtrise martiale que sur ses connaissances maritimes, et par-dessus tout, sur son cran. « Faire ses preuves », une phrase qui raisonnait comme une sentence, encore et encore, au creux des lèvres visiblement inlassables de Duchêne. Maroussia en faisait deux fois plus que les autres, pour être deux fois moins bien traitée. Et si elle avait beau s’endormir en se répétant inlassablement « qui aime bien châtie bien », elle doutait désormais, seule sur ce morceau d’île, que le dicton s’avérait vrai.

Tout avait pourtant bien commencé, quelques jours auparavant. Maroussia était pour la première fois parvenue, du haut de ses dix-huit printemps, à faire mordre la poussière à Duchêne. Le capitaine cachait bien son jeu, et sous un profil équilibré, sèchement musclé, il maniait parfaitement l’épée bâtarde, aussi vif qu’un feu follet. Hodge commençait déjà a regretter le grand large des corsaires et l’air frais des libre-penseur, tant le capitaine lui rappelait l’éducation stricte de son père, saupoudré qui plus est de cet horrible orgueil gilnéen qui consistait à souffler du vent avant de virer de bord, lorsque la tempête arrive.

Lorsque son coude était venu se poser sur son torse, au niveau des bronches, coupant la respiration de son capitaine, la jeune tirassienne s’était retenue de jubiler. Elle avait reculé d’un bon mètre, sans l’aider à se relever, s’en tenant à la position militaire. Si Duchêne était resté parfaitement stoïque, se contentant d’épousseter ses vêtements, l’ombre qui avait embrasé son regard, mélange de fierté bafouée et d’une certaine admiration, encore timide, était perceptible par tous. Le Capitaine avait étiré un simple sourire, avant de marmonner un vague « Tu es prête. »
Prête à quoi, s’était-elle demandé. Mais cet imbécile de Duchêne n’avait rien voulu lâcher, si ce n’est les mots « épreuve de survie », « s’endurcir », « grands projets ». La journée avait passé, quotidien parfaitement huilé, et elle avait rejoint son hamac assez tard dans la nuit, se laissant porter par un sommeil salvateur. Qui ne s’était pas éternisé.

Deux matelots étaient venus la réveiller en pleine nuit, lui bandant les yeux et lui attachant les poignets. Elle avait hurlé, mordu, tempêté, et sans doute cassé un nez – songeât-elle dans une poussée de satisfaction stupide – jusqu’à être amenée sur le pont, en ne portant, pour couvrir son plus simple appareil, qu’une chemise blanche bouffante et des braies en cuir. La voix de Duchêne donnait quelques ordres brefs, et elle fut hissée par-dessus le bastingage, pour être posée dans une barque. Visiblement, le navire était au mouillage. En barque, elle avait été transportée jusqu’à ce maudit rocher qui faisait office d’ile, laissée avec un semblant de couteau et une gourde d’eau. Elle n’essayait même plus de se débattre. Duchêne lui avait simplement ordonné, en guise d’adieu, de « le rejoindre au port le plus proche. Et de survivre. »

Prête à mourir, Maroussia ne l’était pas. Mais sans eau, elle n’avait plus la force de continuer. Continuer à… attendre. Car Duchêne ne pouvait, en la laissant ici, tester rien d’autre que sa résistance. Elle n’avait aucun moyen de s’enfuir, étant incapable d’ouvrir la mer en deux, ou de faire appel à des dauphins dressés, des tortues géantes et des poissons volants... Pas un seul passage, pas l’ombre d’une voile blanche à l’horizon. Rien, si ce n’est les reflets des nuages sur les vagues, qui provoquaient des légers scintillements devenant de véritables ascenseurs émotionnels. Si peu de chance, alors qu’elle avait suivi la méthode à la lettre. Elle avait usé de son couteau pour récupérer suffisamment d’écorce du cocotier pour en faire une ébauche de feu, utilisable si des sauveteurs venaient apparaitre à la ronde. Bu une gorgée d’eau. Aiguisé une branche de bois un peu vert, pour en faire un harpon de fortune. Tenté de pêcher, récupérant un poisson minuscule et des bigorneaux. Bu une gorgée d’eau. Hésitant à allumer le feu, pour finalement y renoncer, mangeant le poisson cru. Bu une gorgée d’eau. Elle avait creusé entre les roches, sous l’unique cocotier, cherchant, plus qu’une source d’eau, quelques sillons, traces, flaques… Sans aucun succès. Bu une gorgée d’eau.

Il ne lui restait qu’une gorgée, d’après la légèreté de sa gourde, qu’elle tenait précieusement, ou avec la force du désespoir, contre son cœur. Elle regretta un bref instant de n’avoir eu aucun talent particulier pour les arcanes, contrairement à sa cousine Carmen, imaginant le plaisir de pouvoir se téléporter, sans être freiné par l’espace ou le temps.

Elle se téléporterait sans doute chez ses parents, à Boralus, ou mieux, chez sa tante, dans la Vallée de Chantorage… Elle glisserait les pieds sous la table, réclamant de la viande de sanglier braisé, et des champignons sautés, flambés à l’armagnac… Elle boirait jusqu’à en vomir, cette eau si fraiche tirée du puit, ou celle d’une des rivières, déversant l’eau glacée des montagnes alentours…

***


-  MAROUSSIA ! Lâchez cette épée et revenez ici, tout de suite, crie Gustave Hodge d’une voix grave, sans aucun doute paternelle.

Boralus, la grande cour de la maison de ses parents, recouverte de neige. Les rires de ses frères, Marcus et Fanarion, alors que Théodore lui sourit, amusé.

- Tu vas te faire encore engueuler, Crestfall. Je ne pourrais pas toujours te couvrir.

Théodore est jeune, dans ce souvenir. Quinze ans, tout au plus. Maroussia quant à elle approche des neuf ou dix ans. Elle lâche l’épée des mains, ou du moins, le morceau de bois grossier qui lui sert d’arme chevaleresque, tentée de se cacher derrière son aîné. Mais le radar paternel est plus aiguisé qu’un sonar de fabrication gnome, et elle revient finalement en direction de ses parents, traînant des pieds.

- Je suis vraiment navrée Monsieur, reprend une grande femme menue - dont les cheveux se rapprochent davantage de la fourrure d’un renard des montagnes plutôt que du corbeau de ceux de son époux – Maroussia est une bonne petite, mais elle souffre d’un mal bien connu des jeunes gens de son âge, elle a la bougeotte.

A ses mots, Mélina se penche vers la gamine brune et tente en vain de la recoiffer, se contentant de lui adresser un regard désespéré, agrippant sa main dans la sienne, palissant à vue d’œil au vu de ses paumes meurtries et de la noirceur de ses ongles.

- Je vous en prie, très chère, votre petite dernière est charmante. Même si elle semble bien plus intéressée par des occupations de garçons que de jeunes filles, dit-il d’une voix légère, étirant un sourire.

Blond, assez jeune, il doit approcher des trente ans.

- Que voudrais-tu faire, plus tard, mon enfant ? Reprend-il en se penchant vers elle à son tour, l’observant, si ce n’est avec intérêt, avec un amusement curieux.

- Je vais être Course-Orage.

La voix est ferme pour un si jeune âge. Elle exprime davantage une conviction, presque inébranlable, qu’une simple supposition. Maroussia rend un regard gris, vif et observateur, à cet homme qui à travers ses yeux à déjà l’âge d’un vieillard, et ne doit pas forcément être craint comme le sont ses parents. Elle étire un sourire.

- Course-Orages… ? Demande-t-il, se tournant vers Gustave et Mélina Hodge, qui se tiennent toujours tous les deux droits comme des i, alternant entre des regards outrés vers leur progéniture, et surpris de l’intérêt de leur invité pour elle.

- Des chevaucheurs de griffon, qui officient dans notre armée, répond calmement Gustave dans un sourire. Mélina se contente de faire disparaître Maroussia dans ses jupons, la traînant de force vers l’entrée de la demeure.

- L’esprit dans les airs et le pied marin… Un combo gagnant, reprend simplement Frédéric, le regard amusé et le sourire courtois. C’est dans le sang.

Gustave Hodge hausse légèrement les épaules, peu sensible à la flatterie, mais le jeune gilnéen blond, quartier-maître de la marine du même nom, est là pour affaires, et il se montre particulièrement poli.

- Venez, reprend t-il dans l'ébauche timide d'un sourire. Je vais plutôt vous présenter mes fils.

Maroussia ouvre soudainement les yeux, sortant de ses rêveries. Frédéric… Frédéric Duchêne ! Voilà donc pourquoi cet enfoiré connaissait son nom. Une connaissance de sa famille. Elle parvenait enfin à remettre tous ses sentiments de déjà-vu, ce visage plus ou moins familier au bon endroit. Que faisait-il à Boralus, près de dix ans auparavant… ?

La kul tirane chassa les questionnements de son esprit, mû par un nouveau sentiment de revanche. Elle refusait de mourir ici, de manière si peu honnête, et ce morceau de terre sableuse ne deviendrait pas sa tombe. Elle se releva, retenant une grimace de douleur, pris son couteau de fortune et entreprit de tailler franc dans le tronc du cocotier. A l’ouest, le soleil entreprenait sa descente. Plus loin encore, invisible à l’œil nu pour l’instant, l’île de Kezan devait être en pleine effervescence. Maroussia bu sa dernière gorgée d’eau.
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Maroussia Hodge, de Kul Tiras à Kul Tiras.
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