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 Le petit livre blanc de l’infirmerie

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Mary Quinn

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Titre : La sous-merde
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MessageSujet: Le petit livre blanc de l’infirmerie   Lun 12 Fév - 15:56

Le soleil tapait sur le pont, mais l'air était frais, la mer, calme.
L'après-midi se passait tranquillement, avec tout ce que cela implique : la digestion, à la fois agréable et créatrice de liens avec la mort même, l'atmosphère d'hébétement presque constante et, enfin, les pensées étranges, à mi-chemin entre le rêve et la dure réalité. Oui, le contexte était parfait pour l'aspirant O'Connell, rien, pas même une tempête, n’aurait pu l'empêcher de débuter sa longue et secrète entreprise.



«Douzième jour du deuxième mois de l’an 38, dans la cabine d’infirmerie du Vengeance.

Ça y est, mes affaires sont à bord, mon « contrat » est signé et nous partirons bientôt vers … je ne sais trop quoi, en fait. Quoi qu’il en soit, je crois que c’est un bon moment pour commencer tout ça, ce journal intime ? Je ne pense pas être l’une de ces gamines trop bien élevées de la cour. Ce journal de bord ? Y note-t-on aboutement tout, dans un journal de bord, sentiments, peurs, joies, et j’en passe ? J’en doute. Alors, partons tout de même sur un journal, fondamentalement, le but reste le même : noter tout ce qui me semble être utile, tout ce que je pourrais revoir avec un œil nouveau, à l’avenir, et ce, dans la plus grande des franchises, non pas pour les autres, mais surtout pour moi, pour voir l’évolution, la mutation de notre microcosme, notre petite société bien ordonnée et, surtout, la mienne, d’évolution.

Je ne sais pas trop par quoi commencer, le bateau ? J’imagine que le Capitaine m’en voudrait d’appeler « son navire » un simple « bateau », mais, c’est pourtant ce que c’est, avec tout ce que ça implique Une note sur le côté : « Je n’aime pas le « cela », ça me donne un côté snobe que je n’ai pas. » : ça bouge, ça ne sent pas très bon et c’est petit, mais, on s’habitue à tout, hein ? Et puis je crois que je m’y habitue, oui. Ma cabine reste un luxe, au moins je peux dormir seul, ou ne pas dormir du tout, en fait. Une nouvelle note : « bouger produits dans le coffre. »

Mais, je ne suis pas machiniste, ni charpentier, ni rien d’autre que l’aspect le plus social de toute cette « joyeuse » troupe, enfin, peut-être pas, peut-être le Bosco est-il plus « social » que moi dans sa fonction, à défaut de l’être dans son comportement. C’est d’ailleurs ce que je ne comprends pas avec lui : il semble froid, distant, mais, il ne l’est pas, comme si sa fonction imposait une sorte de manière d’être dont seul un criminel, sans morale ni scrupule, pouvait se défaire totalement, comme un goudron gobelin qui ne colle qu’à la peau de certaines espèces. Sans doute cela Une nouvelle note : « ici, « ça » sonnait faux. » changera avec le temps, ou les pertes.

Finalement, le Capitaine en est assez loin, de tout ça. Froide, oui, mais dans un sens différent, un sens plus naturel, plus intuitif, une froideur souvent cachée par son sourire, parfois con, parfois niais, parfois vrai. Mais, je ne lui en veux pas, elle a ses objectifs, et puis nous ne sommes encore que des « aspirants », un mot simple pour dire sous-merde, mais, les choses changeront, c’est certain, la question étant dans quel sens auront lieu ces changements. Dans tous les cas, je crois qu’elle n’est pas foncièrement mécontente de moi, le « monsieur O’Connell », si je pouvais écrire le rire, je le ferais. Elle a cette manière d’engager les conversations qui est à la fois hésitante, rabaissante et niaise, une sorte de mélange de son rang et de sa nature profonde (je ne remets pas en cause son grade, ceci dit, c’est plus analytique qu’autre chose). Tout est encore assez vague sur ses rapports avec le Bosco, les deux semblent complices, mais dans un sens assez  … le mot est rayé. Je crois que la réelle question est celle de mon intérêt pour la chose, pas la chose elle-même.

Et, finalement, le reste. La pourriture, le rebut, celui qu’on laisse dans la cale ! Inigo est amusant, du moins, il sait rire, et, vu sa carrière d’ancien pirate, ou que sais-je, je sais que je parle de son passé louche, je sais que nous ne sommes pas si différents, lui et moi : il est guidé par autre chose que l’envie de servir une nation, sa « raison » est plus profonde, plus ancrée en lui, plus naturelle, plus primaire. À voir s’il restera parmi nous. J’en doute. Le gnome. Je n’arrive toujours pas à comprendre son prénom, il est simple, mais je crois que je ne le prononce pas bien, enfin, il ne m’en veut sans doute pas, après tout, un prénom, ce n’est qu’une manière élégante de dire que l’on vous parle. Il ne semble pas trop m’apprécier, mais, c’est à voir, moi je l’aime bien, tous les gnomes ont quelque chose d’attachant, et il l’est aussi, en un sens. Bon, sauf hier, quand lui et le Bosco discutaient des métaux.

Et Vey’, ou Mira, ou Stella, je ne sais pas encore, il semble y avoir de tout, sur les bouches. Mais, partons sur Vey’, c’est une valeur sûre. Vey’ donc, que puis-je en penser ? Je crois que la réelle question est : que pense-t-elle vraiment ? Elle est, ou semble, obéissante et dévouée, du moins, c’est la seule sur qui le Bosco crie vraiment dessus, enfin, il a ce ton que l’on a quand on est « quelqu’un », dans l’armée. Mais, en dehors de l’aspect très concret, il y a autre chose, bien sûr. Les petites allusions, tant dans la cabine que dehors, le regard, tout le monde l’a remarqué et, je ne pense pas être stupide, mais, quelque chose m’échappe, tout, en fait : pourquoi moi, Inigo est bien plus charmeur, non ? je ris Et puis est-ce par intérêt ou est-ce plus profond Une nouvelle note : « Non, pas elle. »? Tout ça est étrange, enfin, aussi étrange que les balbutiements d’une relation naissante puissent l’être, et je mentirais si je disais que tout ceci ne me faisait rien, bien sûr, mais, tout reste à creuser.

Je crois que je ne suis tout simplement plus habitué à ce genre de choses, mais, ce retour est plaisant, tant dans l’incarnation physique de Vey’ que tout ce que l’on pourrait regrouper sous les mots « plus profond ».
Le reste du reste, je ne les connais pas encore. Quoique, il y a le mage. Que dire ? Il est étrange, comme un mage, il s’habille bizarrement, comme un mage, il serait capable de nous tuer par pure folie, lors d’une nuit agitée, comme un mage. Oui, c’est un mage.

Si je devais résumer le tout, je ne dirais pas que j’ai des doutes, car, ce n’est tout simplement pas vrai. Cependant, et, force est de constater que ça m’en coûte de le dire, de l’écrire, je crois que le Capitaine a raison : la confiance, la cohésion, le groupe, en quelque sorte, viendra avec les emmerdes.


P.S. : En me relisant, je me rends compte que mon journal relève plus d’un pamphlet que d'un résumé de vie, mais, je me comprends, et, j’aime croire qu’une critique sortie de ma bouche, ou de ma plume, n’est qu’une preuve d’affection dissimulée. Peut-être cela changera, peut-être pas. »


Dernière édition par Mereel le Mar 20 Fév - 20:01, édité 2 fois
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Mary Quinn

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MessageSujet: Re: Le petit livre blanc de l’infirmerie   Lun 19 Fév - 16:46

Dormir après la bataille, renouer avec un était qui, encore quelques heures plus tôt, aurait brisé même le plus endurci des hommes. Puis vient le réveil, un cycle se rompt, un nouveau se créer. Les routines s'installent, les yeux impriment dans les nerfs, encore endormis, une langue que le cerveau ne traduira qu'après de longues secondes, les mains saisissent instinctivement des objets sans texture. Faire sans comprendre. Vivre sans but, en somme. Une chandelle, peut-être, et les sensations reviennent. La mer est calme. Dans le secret et le silence de la nuit, les pages virent une nouvelle fois au noir.


« Dix-neuvième jour du second mois de l’an 38, cabine d’infirmerie du Vengeance.

Premier combat. Très sincèrement, je ne m’attendais pas à revoir autant de chaos, de destruction, d’instinct primaire ressortant. Marche ou crève, hein ? Mais, le combat n’est pas le fait remarquable de la soirée. Non, vraiment, je m’intéresse bien plus à nos « nouveaux compagnons » qu’autre chose. Les achever aurait été une bonne idée. J’ai cette haine profonde que j’avais pour les défias, mais, ce n’est plus important, ils mourront bien un jour ou l’autre. Reste à savoir quand.

Mais, revenons sur l’équipage. Je ne sais trop comment, mais tout le monde est en vie, même le gars transpercé par un bout de charpente. La mer, ça rend résistant, ou chanceux, à voir. Et puis il y a les nouveaux. L’archère, d’abord, « l’amie » du Cap’. Elle ne m’a pas semblé méchante, mais elle a cet air que toutes et tous de son genre ont, cet air qui n’accorde d’importance qu’à la force et la hiérarchie, probablement parce que la hiérarchie détient la force, qui sait ? Je préfère croire que c’est un comportement encore primitif, un peu à la manière des orcs, de ce que l’on dit. Quoi qu’il en soit, cet air, ces gens, « eux », leur tout, ne m’accordent pas d’importance, ce qui me va, en soi, mais viendra le jour où ce détail aura son importance, et ce jour sera très probablement mon dernier à bord.

Et la mage, enfin je ne sais pas trop si on peut la grouper sous ce terme, mais, je me comprends. « Elle ». Encore une fois pas méchante, quoique, elle peut avoir son côté sadique, j’en suis sûr, mais ce n’est pas comme l’archère. Elle, elle vous sauverait par intérêt, parce qu’une paire de bras, ça sert toujours, alors que l’autre, elle le ferait seulement parce que l’institution même dans laquelle elle s’est engouffrée toute jeune l’exige, pas par intérêt ou par cet instinct primaire qui vous dicte de sauver vos semblables. Ironique.

Le reste, je crois que l’on commence à voir les vrais visages de chacun, encore une fois, ironique pour une mission qui se veut « discrète » et « d’infiltration ». Le cap’ et le bosco ont cette même rigidité au combat, ils suivent un protocole, une danse préparée, un ballet sur scène. Je crois que c’est ce qui les différencie le plus de l’artiste. L’artiste ne suit pas un code préétabli, il connaît les règles pour mieux jouer avec, voire s’en défaire. Je ne me sens pas au-dessus, loin de là, nous ne jouons tout simplement pas sur le même plan. Mais, m’est avis que le bijoutier et la petite fille ne font pas que sommeiller en eux. J’ose espérer que ces derniers ne prendront pas le dessus le moment venu.
Les aspirants n’ont pas trop changé, eux. Non pas que je leur porte un intérêt qui dépasserait le cadre de notre relation, mais, ils sont fidèles à eux-mêmes, surtout Inigo, qui semble être dans son élément.

Vey’ maintenant. Je crois que je peux lui accorder un paragraphe, voire deux, si elle le mérite, après tout, notre relation devient de plus en plus claire, enfin surtout pour moi. Elle ne me porte pas un genre d’affection particulier, autrement dit, elle n’espère pas le grand amour, ni même de quoi se soulager émotionnellement, ou spirituellement, ou relationnellement (?), peu importe, je crois surtout qu’elle aime cette phase entre le premier regard et les premières lattes cassées, cette phase de tension quasi constante, un plaisir assez immédiat, rapide, vif, du même genre que ces sucreries au marché de la capitale, le mardi soir, ou même la feuillerêve. En bref, de quoi tenir le coup. Théa en parlait bien lorsque je l’ai vue la dernière fois, elle décrivait ça comme un amour de l’amour même, une sorte de passion intense pour le fait de ressentir quelque chose pour quelqu’un. Mais, elle l’expliquait aussi, une fois cet amour acquis, et bien, les choses se perdent, elles deviennent ternes, fades, le plaisir purement physique, résultante de réactions bien concrètes dans nos petites têtes, se retrouve transformé en un plaisir qui se veut plus … spirituel, plus évocateur qu’activateur. Une retraite prématurée des pulsions, en somme. Force est de constater que, même si l’on rêve tous, en un sens, du grand amour, cette situation est sans doute meilleure, du moins pour l’instant.

La nuit, enfin. Je ne pensais pas le revoir un jour, mais il était là, encore. Toujours le même protocole : je revis chaque instant de la bataille, mais avec lui, quelque part en fond. La dernière fois déjà, j’avais réussi à rompre le cours des évènements et à directement m’adresser à lui, mais, cette fois, c’était différent. Les mots étaient difformes, tant les miens que les siens, mais, tout était pourtant très instinctif, fluide, comme si tout avait déjà été écrit et que nous ne récitions que notre texte. Puis est venu la rupture, presque comme d’habitude : il s’est approché de moi, de toute sa hauteur spectrale et abattu sa lame, puis, le néant. Mais, la différence était là : avant de « mourir », le décor m’a paru comme … différent, ce n’était plus le Vengeance, c’était la Marche, la chaleur, la sécheresse, l’odeur, oui, l’espace d’un instant, il m’avait renvoyé chez moi.  

Au réveil, comme d’habitude après chaque mort : la douleur de la lame et cette colère sourde. Partir pour la Cathédrale avait ce double sens d’être loin de la Marche, et donc potentiellement de lui, et, dans le cas d’un mauvais sort, d’être purifié par « la Lumière ». Force est de constater qu’il m’est plus lié que je ne le pensais, si tant est que tout ceci ne soit pas le fruit de mon imagination, mais, j’en doute, tout est trop clair, trop précis, la folie n’a pas cet aspect. Lorsqu’à nouveau il m’apparaîtra … la suite est rayée. »
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MessageSujet: Re: Le petit livre blanc de l’infirmerie   Lun 26 Fév - 20:35

Aussi calme que la mer ait pu être, cette boule au ventre, mêlée à une sensation de vide connue de tous soldats sur le départ, ne quittait pas le jeune infirmier. Non, cette journée avait une saveur particulière, un tremblement constant dont seul un choc violent pouvait nous sortir, un besoin à la fois compréhensible et contre nature de se briser chaque os, de se broyer chaque chair, le besoin d’en finir.

Vingt-sixième jour du deuxième mois de l’an 38, second pont du Vengeance.

Si la situation ne m’avait pas fait perdre absolument tout sens de l’humour, je suppose que ce petit récit aurait débuté par « L’heure est grave », mais, comme cela semble être de plus en plus la coutume pour moi, le cœur n’y est pas.

« Suspendu. » Le mot est à la fois ridicule et fort, il est le mot qu’utilise un professeur pour son élève, il est aussi celui de l’écrivain qui cherche quelque chose de plus profond qu’« arrêté », lorsqu’il parle de ce dont personne n’a, le temps. Mais, aujourd’hui, enfin, hier, je crois que ce mot a perdu de son côté ridicule, du moins en partie. C’est compréhensible, le refus de l’ordre d’un second d’un navire de guerre en mission dans des eaux dangereuses, même stupide, ça ne se refuse pas, surtout à deux reprises. Cependant, tout est plus … profond, que cela. La rigidité de Fitz, dont je parlais plus haut, agit comme des œillères : les ordres sont les ordres, c’est écrit sur les papiers, c’est dit par le capitaine et c’est naturel, tant dans ce genre d’institutions que face à un gamin ayant plus l’air d’un modèle réduit que d’un vrai homme. Oui, le soldat que je suis aurait dû obéir, il aurait dû se jeter tête baissée dans ce plan qui n’avait, vraisemblablement, aucune chance de réussir, tout comme il aurait dû accepter d’aller toucher une jolie femme, même aussi « farouche » que Dalson, et avec plaisir, même ! Mais, ce n’est que mon côté soldat. Non, mon côté médecin, mon côté humain, mon côté espèce dite « intelligente » ne pouvait que refuser : la forêt devait être vide, la corde ne devait pas lâcher, le ciel devait être dégagé, le baril devait contenir de la poudre, la mage devait réussir son sort d’invisibilité, nous ne devions pas nous faire voir sur la côte, nous devions être capable d’allumer la poudre tout en nous approchant du navire ennemi, la majorité pirates devait mordre à l’hameçon, nous devions être capable de monter à bord du navire rapidement et, enfin, nous devions être capable, notre groupe constitué de deux personnels soignants, un ingénieur, une mage et un officier, de battre le reste des pirates. J’oubliais, nous devions aussi être capables de faire bouger un navire entier d’une eau peu profonde, le tout sans le moindre signe de vent en notre faveur. Et qu’avions-nous comme informations ? Que le navire était dirigé par quelqu’un de très probablement paranoïaque pour sa sécurité. Les probabilités étaient tellement en notre défaveur que je ne peux même pas imaginer pouvoir les quantifier, même après plusieurs jours de réflexion. Et finalement, nous nous en sommes tous sortis, est-ce un argument dans la bouche d’un homme ? Non, en revanche, si cet homme est plus gradé que vous, c’en est un. Qu’avons-nous finalement ? La justice d’un aveugle.

À la lumière de ces quelques menus arguments, face à toute la grandeur d’un grade, que pouvons-nous dire de plus ? Ce n’est pas la fin. « Suspendu. » La nuit portant conseil, je pense avoir compris que cette « punition », officiellement due au refus d’un personnel soignant à évaluer un membre d’équipage sur ses compétences, sensiblement réduites, mission stressante et fatigante oblige, n’est en fait que le reflet de ce que Fitz pense réellement de moi : un acte bien mérité pour un lâche.

Mais, tout cela n’a plus vraiment d’importance, surtout maintenant. Non, aujourd’hui, d’autres sujets me préoccupent davantage, un bel euphémisme. Il est là. Il l’a toujours été, mais, jamais autant que maintenant. Ici, Il me hante même en dehors des batailles, des morts, de la violence. Ce ne peut plus être simplement un cauchemar étrange et récurrent, il y a bien quelque chose qui vadrouille en moi. Lui. Après la mission suicide, il m’a fait revivre les morts, le coup de fusil, d’abord, puis l’éventrement, puis le dialogue, toujours aussi dénué de sens et, enfin, le réveil. Froid. Vide. Bouillonnant d’une colère sourde envers nos « amis de la cale ». Tout aurait pu en rester là, mais la colère n’est pas partie. Je sens leur présence dans la cale, elle est intrusive, mais tout est empreint d’une peur débordante, comme celle d’un animal puant et parasitaire dont on voudrait se débarrasser, ne serait-ce que par l’inconfort que provoque son existence même. Et puis, la Marche. La maison dans la campagne. Je la vois, je peux même la pointer sur une carte. Tout est si … vrai. Tout sera bientôt mis au clair, la fin de la mission et mes différends avec le second me serviront d’excuse. Et puis, le Capitaine comprendra sûrement, un départ précipité, ça arrive, en espérant être assez insignifiant à ses yeux pour ne pas avoir à répondre aux questions.

Je ne sais pas si c’est une bonne chose, mais force est de constater que mes quelques prédictions se réalisent, finalement : même si ce n’est pas à cause de Dalson, mon départ est quasi certain, Hurlevent est au bout de la route maritime, la mort l’est sans doute au bout du chemin de terre de ma maison, Vey’ va me manquer. L’équipage aussi, sans doute. Là où les vents les mèneront vers d’autres dangers, il est temps pour moi d’affronter … le mot est rayé.
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MessageSujet: Re: Le petit livre blanc de l’infirmerie   Dim 11 Mar - 22:18

Onzième jour du troisième mois de l'an 38, salle commune du Vengeance.

Voilà sans doute toute l’ironie de la situation : nous avons vécu des aventures ensemble, nous avons failli mourir ensemble et, bien sûr, ils m’ont aidé là où ils n’auraient pas dû le faire, mais … oui, mais. Mais tout cela n’a fait que renforcer ce sentiment étrange qui s’était déjà installé dès la signature de mon contrat :  ma personnalité, plus que le caractère, qui se forge, lui, ne leur convient pas. Pas du tout, même.

Je devrais sans doute retracer l’histoire avec le Gardien, ma mère, mon père, enfin, tout, mais ce genre de choses ne s’oublient pas et, ce sont plus ces histoires avec l’équipage qui me tracassent. Comment ? Voilà la vraie question : comment ? Comment en est-on arrivé à « ça », la haine visible du Capitaine et de l’équipage, la tension malsaine entre un infirmier et un officier supérieur qui, selon ses dires, n’arrive pas à être autre chose qu’une « amie » avec ses subordonnés ?

M’est avis que le Capitaine dirait que c’est mon côté râleur et hautain, enfin, moi, qui sont en cause. Et force est de constater qu’elle a raison, les militaires, comme Dalson, ne supportent pas ça. On ne discute pas un ordre, on ne râle pas devant un ordre, même stupide. Encore une fois, on m’en voudrait de dire d’un ordre qu’il est stupide. C’est vrai, qui suis-je pour dire ça, un surhomme ? Tous ces problèmes montrent que non, je n’en suis pas un.

Et nous voilà dans cette merde infinie : trop de fierté pour lécher des bottes et « remonter dans l’estime des autres » de mon côté et une incompréhension de ma personne et de mes motivations presque totale pour les autres. Enfin, je ne peux pas leur en vouloir, ils ne me connaissent pas, et nous n’avons pas l’occasion de nous connaître. Comment leur dire que tout ceci n’est finalement que le reflet d’une attention assez particulière que je leur porte. Remettre un ordre en question, c’est une manière de s’assurer qu’il n’y aura pas d’emmerdes pour eux. Un râle ? Une manière d’être face à une situation déplaisante, les geôles, à tout hasard, mais, loin, très loin d’une critique envers quelqu’un. Et une critique, donc ? Ai-je réellement la tête de celui qui complimente à longueur de temps ? Non. La critique est donc plus visible, bien sûr.

Et il faudrait, maintenant, aller leur annoncer tout ça, expliquer une personnalité à des êtres vivants qui ne l’ont pas comprise intuitivement ? Tout ça n’a aucun sens.

De plus en plus, je me rapproche de la porte, elle me tend les bras, elle me dicte de retourner à mon ancienne vie, loin des incompréhensions, des merdes dans ce genre.

Triste ironie des relations entre êtres vivants. Mon désir de rester est toujours présent, s’il ne l’est pas bien plus qu’au début, mais, la fierté, moteur de l’esprit bien plus puissant, me dicte de renoncer à la normalisation de mon état d’esprit pour un autre, presque radicalement différent. La fierté, oui, ne pas fermer sa gueule, ne pas se faire tailler au burin pour entrer dans le moule. Pour la première fois de ma vie, j’envie ces personnes minables sans fierté, ces personnes si malléables, si …. Agiles.

Dans le doute, mes quelques affaires sont prêtes. Ma décision sera prise entre le 12 et le 13 mars.
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