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 Les voiles de Kul Tiras : le bleu de l'amer.

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Vendetta Mira Stella

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MessageSujet: Les voiles de Kul Tiras : le bleu de l'amer.    Mar 21 Aoû - 16:57

Port de Boralus, un peu avant l'aube.


" Curieux… Vu d'ici, on dirait que c'est la Demoiselle qui court après le Guerrier… Amusant."

Enfin, amusant n'est pas le mot, avec un tel mal de crane. Et le sol de la rue est bougrement dur sous son dos.

Le sol de la rue. Bon sang, mais qu'est ce qu'elle fait allonger par terre ? Et c'est quoi cette masse qui appuie sur son ventre et sa poitrine, gênant sa respiration. Relevant la tête, ce qui accentue son mal de tête, la jeune femme constate qu'il s'agit d'un homme. Elle ne voit d'abord que son oreille, orné d'une rangée d'anneaux de formes et de tailles variées, et sa chevelure d'un brun roux qui commence à se clairsemer. Il est vautré sur elle, comme l'amant d'un soir qui, pris de boisson, se serait endormi sur sa belle. Sauf que ça ne colle pas. Quelque chose qui coule sur sa tête, et le long de sa nuque. Elle porte la main à son occiput. Du sang. Quelque chose s'active en elle, nouveau signal d'alarme. Elle pose à nouveau le regard sur l'homme vautré, fait quelques efforts pour l'éjecter car merci, mais non merci. Le type roule, les feux d'un réverbère se reflète sur l'acier de la dague qui lui sort des côtes. Nouveau signal d'alarme. Goût de bile dans la bouche, et douleur à la gorge. Comme si on l'avait serré récemment. Vertige. La jeune femme tente de se relever après un rapide inventaire de son corps. Prenant une nouvelle respiration pour calmer son cœur qui s'est emballé, elle pose les yeux sur le type.

Ragondin.

Et d'un coup, tout lui revient en mémoire.


**********


La veille, elle mangeait avec l'équipage à une terrasse du port, partageant un moment de convivialité un peu étrange, chacun jouant au touriste en goguette, profitant des spécialités culinaires de la ville, tout en glanant des informations ça et là sur la situation de l'île. Sentant confusément que quelque chose n'allait pas, elle avait joué le jeu un moment, dévorant sa tourte, buvant sa bière et engloutissant le verre de Théli afin d'éviter au jeune homme une gueule de bois par trop carabinée, malgré la surveillance de Théa à ses côtés. Puis, titillée par les étals autour d'eux, toujours fréquentés malgré la nuit tombée, elle avait pris congé pour faire un premier tour, notamment du côté des ingénieurs locaux, afin de vérifier si la première nation maritime du monde méritait sa réputation, et si l'artisanat local en faisait l'écho. Elle avait ainsi passé plus de temps que prévu à terre, prenant note des marchands à approcher aussitôt que possible, dès que la situation de la Vengeance serait plus claire auprès des autorités.

Revenant vers le bac qui devait la ramener au navire, elle s'était arrêtée un court instant. Ce visage, au coin de la rue. Malgré la barbe, on aurait dit … celui d'un vestige du passé, un éclat d'une vie antérieure. Etrange de le voir dans une ville comme Boralus, mais après tout, ce port n'était il pas la plaque tournante des marins, ruffians, pirates, corsaires et contrebandiers de tout poil ? Le marin ne donnant pas signe de l'avoir reconnu, elle se dit qu'elle devait avoir fait erreur, et rejoignit le bord, où l'attendaient les papiers fournies par la Capitainerie pour l'enregistrement du navire et les diverses déclarations administratives légales… et moins légales. Un sourire. Ici aussi, les choses semblaient avancer selon deux modes : légal et lent, à voilure réduite, ou moins légal et plus cher, avec un vent force 6 ou 8 en fonction des "investissements". Rapide survol des documents puis constitution des dossiers qu'elle remettrait aux autres QM. Au tour d'Inigo, Dorwel, Théli et Erynn de s'amuser un peu, après tout. Ce qui lui prit un temps considérable, le style ampoulé du commun de l'île l'obligeant parfois à relire deux fois les paragraphes pour s'assurer qu'ils faisaient mention de clauses légales, ou de rajouts par des scribes facétieux pour perdre le lecteur imprudent. Aussi, ne vit elle le jour, en partie du moins, qu'au cours de ses périodes de quart, échangeant quelques mots avec les personnes croisées au hasard de ses pérégrinations à bord.

Le lendemain, elle avait passé la journée à veiller sur le ravitaillement du navire, notamment celui prévu pour les griffons, qui commençaient à s'impatienter, déployant leurs ailes pour signifier que le ciel exerçait toujours sur eux son irrésistible attraction. Le survol de la baie, et plus globalement de l'île, leur étant pour le moment interdit, elle avait passé du temps avec l'équipe des soigneurs à étriller, laver, et divertir autant que possible les montures du bord. Puis, le soir venant, elle avait pris son quart avant de redescendre à terre, afin de commencer le tour des négociants. Et c'est au détour d'un étal, que tout avait basculé.

" Salut Victoria, ça fait plaisir de te revoir, mon amie."

Ce n'était pas tant le fait d'être reconnue que d'avoir été appelée par son prénom qui avait fait se retourner la jeune femme. L'individu la toisait de son mètre quatre vingt dix, sa tête d'éternel adolescent planté sur un corps qui s'était étoffé, habillé de vêtements couteux mais élimés par endroits, qui lui donnait l'apparence d'un marchand ayant subi un retour de fortune. Mais le petit sourire qui dévoilait ses dents blanches, fait rare chez les marins, lui donnait toujours cet air canaille et assuré de celui qui a appris à mener sa barque.

" Salut Ragondin. Je vois que je ne m'étais pas trompée hier. Tu viens acheter de quoi faire rapiécer ta liquette? Ou bien je te manquais à ce point là ?"

La phrase étire un sourire plus large sur la bouche de l'homme. Il termine son inspection de la jeune femme, notant la tenue et le tabard.

" Ca s'pourrait bien … Tu travailles toujours pour not' bon Roi, à ce que je vois. Un boulot mal rémunéré, mais assuré. J'imagine que tu n'as pas le temps d'écluser un godet ou deux avec un vieil ami, qui pourrait même se laisser tenter par une perspective d'intégrer ton équipage ?"

"Toi, tu rejoindrais la Royale ? Ici, à Boralus ? Rien que pour en savoir plus sur tes raisons, je vais prendre un peu de temps et je te laisse même le loisir de payer la première tournée !"

Ce que faisant, les deux se dirigèrent vers un des estaminets pour marins, passant une grande partie de la nuit à tenter d'en apprendre un peu plus sur l'autre, ses agissements récents, et à parler du "bon vieux temps" de la Baie du Butin. L'alcool aidant, la discussion avait pris un tour plus personnel, Vey prenant des nouvelles des ex de l'Or-Azur, repoussant les mains de plus en plus baladeuses de Ragondin, qui semblait en tenir une belle. Sortant pour prendre l'air, le marin s'était mis à chanter à tue tête des airs paillards, ce qui leur avait valu des œillades parfois amicales, parfois dures, et à deux reprises, des menaces depuis les fenêtres donnant sur la ruelle. Puis, pris d'un excès d'entrain, Ragondin avait ôté sa chemise, entonnant l'air de la "Fille du Vent Salé" version salace, ce qui avait fait rire la jeune femme. Jusqu'à ce qu'elle pose les yeux sur le tatouage en forme de trident sur une des côtes du marin. S'approchant, elle avait tendu la main, comme pour en suivre les contours, ce que le marin semblait avoir pris pour une invite, la prenant à son tour dans ses bras. Vey l'avait alors interrogé sur le tatouage, et sur ses implications.

" Ah Blondie ! C'est vrai que tu shais pas toush … Houlà !!! Ouaish, moi et mesh frères, on est inshtallés dans un coin qui t'aurait bien plush si tu f'sais pas ta mijorée… Un ptit coin de liberté, qui s'appelle… euh *frottement de la tignasse* Bah Port Liberté !! *mettant un doigt sur sa bouche* Maish … sh … shhuuttt ! Ch'est en core un shecret …"

"Mais … le Harponneur … il s'est installé là bas, lui aussi ?"

"Le Shar…. Sharponneur, il est partoush … chez lui. Ici, là bas, même sur ton raffiot ! Houlà … Ouaish, il compte v'nir, ch'crois bien. Mais on m'dit pas encore tout … Alors qu'à toi … "

"Tu sais bien que je donne plus là dedans, mon grand. Cela dit …"

"Chela dit, y a des tas d'gars tatoués, shi tu en veux, et je peux même t'en donner un avant goût… J'me dévoush !"

Ecartant les bras en un geste théâtral, Ragondin se met au milieu de la ruelle, un grand sourire aux lèvres. Vey ne peut s'empêcher de pouffer, puis de rire au spectacle. Mais une lueur dans le regard du marin la stoppe presque aussitôt. Et avant même qu'elle ait pu réaliser, les mains de Ragondin sont sur son cou, serrant fort. Très fort. Et le visage aviné du marin se penche sur elle.

" Tu vash goûter à mon nectar, Blondie … Cha va te plaire … J'ai des tatouaches par… partout, tu verras"

Mais la jeune femme n'entend pas vraiment ses mots. L'agression la laisse un instant faible, vide et sans défense. Elle sent le poids du corps de son agresseur qui la rive au sol, son regard fou qui la cloue sur place. Elle est une proie.

Non. Une rage primale sourd du plus profond de son être. Posant les mains sur les poignets de son agresseur, elle tente de desserrer l'étau, sans succès. Le manque d'air commence à se faire sentir, et un voile noir commence à tomber sur ses yeux, le sang bloqué par la poigne du marin, qui rappelle qu'il a été un tueur. Et qu'il a conservé son savoir-faire. Ainsi qu'une dague à sa ceinture. Vey fait courir ses mains sur le torse de Ragondin, qui rit de plus belle, lui balançant des noms de plus en plus injurieux. Elle sent contre les doigts de sa main droite le pommeau de la dague, qu'elle empoigne au moment où ses jambes se dérobent sous elle. Sa tête percute le sol, la dague pénètre entre les côtes du marin, qui lâche un dernière bordée de jurons avant de se coucher sur elle, et c'est le trou noir.


**********


Debout, haletante, penchée sur le corps sans vie de Ragondin dont le sang macule son tabard et une partie du sol de la ruelle, elle tente de reprendre ses esprits. Quand elle entend du bruit derrière elle. Un gamin des rues, qui l'observe depuis l'angle d'une maison. Elle lève le bras dans sa direction, mais le gosse s'enfuit aussi sec.

" Non, attends, ne … "

Sa voix parvient à ses oreilles comme un croassement, déformée par la douleur. Son esprit fiévreux analyse la situation à toute allure : elle est une étrangère, vêtue d'un uniforme de marine, à côté d'un marin tué d'un coup de dague. Apparemment pas de témoin autre que le gamin, qui va surement s'empresser de raconter son histoire, soit auprès d'un type de la pègre locale, soit auprès des autorités. Dans tous les cas, mieux vaut ne pas s'attarder dans le coin. Titubant un peu, elle se perd un peu dans le dédale de ruelles, longeant les murs et prenant soin de ne pas croiser de monde. Elle retire son tabard maculé qu'elle replie, afin d'être un peu moins facilement identifiable. Puis, avisant un coin en surplomb qui lui permet d'observer les ruelles facilement, elle se pose pour reprendre ses esprits et son souffle.

" La vie est une catin dévoyée ! Elle t'aguiche avec ses appâts débordant d'un corsage trop échancré, te promettant monts et merveilles, tu la suis dans sa piaule, et quand tu commences à lui sortir le grand jeu, v'là le mac qui débarque de derrière la tenture pour te racketter ! Et si tu réussis à filer par la fenêtre, croyant t'en tirer à bon compte, tu t'aperçois un peu plus tard qu'elle t'a refilé la vérole ou la courante ! Bah ! Il vaut mieux la mordre à pleines dents pour lui rendre la monnaie de sa pièce quand c'est possible ! "

Les paroles de Tourne Vice, le gnome vigie, lui revienne en mémoire, lui arrachant un demi sourire. Il ne manquait pas de mordant, comme ont pu s'en apercevoir plusieurs des pirates de la Baie. Et sa façon, péremptoire et directe, de voir la vie faisait déjà rire la recrue qu'elle était alors. Et nul doute sur les conseils qu'il lui prodiguerait dans sa situation. " Si la vie te poursuit de ses assiduités, et te fait des blagues mesquines, arrête de la fuir, et rentre lui dans le lard ! Montre lui qu'on peut être deux à ce petit jeu là, et choisis la direction qui parait la plus dangereuse : personne ne s'y attendra et tu pourras faire ce qui doit être fait ! Gnap ! " La voix du gnome résonne dans sa tête encore douloureuse, et une ébauche de plan commence à germer.

Du bruit en dessous. Des pas ferrés. Le gamin l'a balancé au Guet du Port. Finalement c'est aussi bien. Ca ne rendra les choses que plus faciles. Faciles ? La bonne blague ! Son plan est insensé, ses chances de succès aussi minces que le papier des dernières cigarettes qu'elle a jeté à son retour des Maleterres. Aller à droite quand on la pense à gauche ? Le laisser penser mais en laissant des indices qui montrent qu'elle a pris l'échelle de corde, tout en refermant soigneusement la plaque d'égout qui, en la ramenant dans la fange, lui offrira les meilleures chances de succès ? Démentiel. Mais plus elle y pense, plus cela lui parait la chose à faire. Ragondin a dit que le Harponneur avait des visées sur l'île, et qu'il avait peut être même des gens à lui à bord du navire. Délires d'ivrogne ou bien réalité qu'il convenait d'éclaircir ? Une seule façon d'en être certaine, et pour cela, il restait une étape à franchir. Pas la plus facile, mais impérative.

Forte de sa détermination, Vey se lève. Elle regarde son tabard maculé de sang et de boue, puis prend la direction du bac, espérant qu'il ne sera pas déjà l'objet d'une attention trop soutenue de la part du Guet.

Sinon, elle devra rentrer à bord à la nage.
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MessageSujet: Re: Les voiles de Kul Tiras : le bleu de l'amer.    Mar 21 Aoû - 18:00

Boralus, rade de la Tiragarde, à la tombée du jour.


Me voilà de retour à la maison.


La force de cette pensée étreint le cœur de Vey quand elle pose ses yeux sur la silhouette de la Vengeance, qui se découpe à contre jour, à son mouillage dans la rade de la Tiragarde. Oui, définitivement, cet endroit, fait d'un assemblage de morceaux de bois, de rivets et de clous, de goudron et de calfat, de cordages (elle a appris à bannir le mot "corde" depuis ces classes dans le corps de réserve de la Marine, à Hurlevent, car le mot porte malheur sur un navire, où il sert à désigner l'ultime soutien du pendu) et de toiles, assemblés en plusieurs ponts et châteaux, sous une luxuriante forêts de mâts capable d'emmener tout ça autour du monde, ce véritable petit village, avec ses quartiers, ses habitants, ses coutumes, et même son langage, c'est devenu sa maison. Et que ne ferait elle pas pour sa maison…

Assise sur un des bancs de nage de la petite barque d'un des passeurs qui gagnent leurs vies en faisant transiter personnes et marchandises entre les quais de cette ville, reflet inverse de Hurlevent, elle a tout loisir de laisser vagabonder son esprit, posant ses yeux sur les environs, comme pour s'imprégner des particularités de l'endroit. Ici, les canaux sont des bras de mer, et l'ombre des bois provient non pas de la forêt d'Elwynn, mais des mâts des navires qui sillonnent la baie, entrant avec la marée et repartant de même, comme une gigantesque respiration à l'échelle de l'île toute entière. Même les hautes cimes, visibles dans le lointain, ne peuvent faire oublier le caractère insulaire de cette terre dominée par les caprices de l'océan. Elle doit en tenir compte pour ce qu'elle compte entreprendre. Ici, tout à le goût de la mer, la piqure du sel est permanente, et le vent charrie aussi bien les remugles du goémon pourrissant que les cris des éclatantes mouettes qui luttent avec les sombres corbeaux pour les meilleurs emplacements de nichoir et d'observation. Blanc et noir, comme une étrange partie d'échecs qui se jouerait selon des règles inconnues des humains, à moins qu'ils ne soient druides ou sorciers.

Le clapotis des rames sur l'eau la ramène à des considérations plus terre à terre. Si tant est que l'expression soit appropriée quand on est au milieu de la baie. Le vieux passeur qu'elle a choisit pour cette traversée ne la regarde jamais. Il s'est contenté de prendre son argent et d'opiner de la tête quand elle lui a indiqué sa destination. Pour l'occasion, elle a remis son tabard qu'elle a nettoyé comme elle a pu. Une partie de son plan repose là dessus : il faut que le Guet, lorsqu'il interrogera le vieux, puisse faire le rapprochement avec celle qu'ils recherchent depuis plusieurs heures déjà, et que cela les conduise jusqu'au navire où … se mettra en route la partie suivante de son plan. Elle secoue la tête, comme pour chasser son incertitude. Ce faisant, les boucles auburn de sa chevelure raccourcie flottent un instant devant ses yeux, accentuant le côté cuivré des rayons du soleil couchant.

Le passeur manœuvre habilement sa barque pour la placer contre la coque de la Vengeance, tel le baleineau qui viendrait solliciter sa mère pour qu'elle le protège de sa masse, ou le nourrisse. L'échelle de corde se profile, les regards des sentinelles sur le pont se posent sur eux, et les questions sur l'identité des approchants fusent dans l'air du soir. Levant la tête et la main pour se faire reconnaitre, Vey entreprend de monter à l'échelle de corde, après un dernier sourire et un signe de tête pour le passeur, qui hoche la tête à son tour avant de repartir sans un mot vers le port. Elle le regarde s'éloigner un instant, avant de monter, sentant sous ses mains meurtries le côté râpeux des cordages imprégnés d'eau de mer. Une main se tend pour l'aider à franchir les derniers barreaux et elle se sent hisser par une poigne ferme ; l'espace d'un instant, elle redevient la petite fille que son oncle emmenait en excursion, elle et sa cousine, sur les plages au sud de la Marche de l'Ouest, visitant les épaves des navires rejetés par la mer, et qui recelait parfois des trésors pour ses yeux d'enfant : coquillages, galets polis aux reflets irisés, boussole cassé, parfois un morceau de sextant, ou un portulan gorgé d'eau et rendu illisible, que son oncle faisait sécher et inspectait plusieurs minutes en faisant des "hum" et des "les scélérats"... Cela faisait rire les deux fillettes, et son oncle mimait ensuite le capitaine pirate, les invitant à bord avant de faire mine de les capturer en leur courant après…

Mais au bout de la main et du bras, point de visage de son oncle, mais celui tout aussi souriant d'Arthur Pennington, qui jette un œil derrière elle pour voir si il y a d'autres personnes à aider, ou un paquetage à hisser avant de se tourner vers elle.

" Ah c'est vous, Quartier maitre ! Alors cette visite à terre, aussi bénéfique que vous l'espériez ? Ou alors on a pris du bon temps ? "

Sourire et clin d'œil pendant qu'il s'efface pour la laisser passer. La familiarité du matelot pourrait passer pour une forme d'irrespect, mais elle sait qu'il n'en est rien ; Bien qu'il soit un excellent élément, Pennington semble vouloir conserver un ton chaleureux et amical avec tout le monde, y compris les officiers du bord. Cela lui a valu quelques recadrages en règle, mais n'a guère été efficace sur le long terme. Alors tant qu'il fait ce qu'on lui demande, et bien, on passe l'éponge sur ce détail. Et en la circonstance, le ton chaleureux est le bienvenu pour Vey, qui lui adresse un sourire et un petit signe de tête.

" Comme souvent quand on cherche, on trouve autre chose que ce qu'on espérait trouver, monsieur Pennington, mais la visite n'aura pas été inutile… J'espère même pouvoir en tirer quelque chose d'utile pour le navire et son équipage. Maintenant, si vous le voulez bien, j'ai hâte de retirer ses frusques et de faire un brin de toilettes, avant de me mettre au travail."

"Bien compris, Quartier Maitre ! Je vais vous faire apporter de l'eau chaude et des vêtements propres dans votre cabine. Et peut être une légère collation ?"

"Ah, bonne idée, oui. Merci pour cette attention.
"

Prenant la direction de sa cabine, la jeune femme croise quelques matelots et membres d'équipage, ne s'attardant pas mais échangeant quelques politesses et se tenant informée des derniers évènements. Puis, estimant qu'elle doit se mettre au boulot, elle pénètre dans sa cabine. A peine a t elle refermée la porte qu'on toque, et Pennington se tient dans l'encadrement avec un broc d'eau chaude et des vêtements standards, ainsi qu'un tabard propre, qu'il vient poser sur le bureau avant de sortir et de refermer derrière lui. Une fois seule, Vey ôte ses vêtements, examinant les bleus et les plaies qui parsèment son corps, lavant le tout à l'eau chaude, et se frictionnant en se demandant quand elle aura l'occasion de se laver à l'eau chaude, si tout se passe comme elle l'a prévu.

Habillée de frais, elle sèche ses cheveux et s'installe à son bureau, se lançant dans la rédaction de plusieurs lettres qu'elle fera parvenir à qui de droit dans les heures et les jours qui vont suivre. Elle choisit ses mots avec soin, car d'eux dépendra en partie le succès de son entreprise. Le bruit de la plume sur le papier emplit la cabine, et elle en est à la dernière lettre quand on lui amène son repas, qu'elle mange aussitôt, la tête remplie de questions, luttant contre une angoisse sourde qu'elle ne veut pas voir prendre trop d'ampleur. Maintenant qu'elle est revenue à bord, elle se demande si son plan est une aussi bonne idée que cela, qu'il y a probablement un autre moyen de faire, qu'il est encore temps de reculer, que …

Non.

Cette fois, il faut aller jusqu'au bout, afin d'en finir une bonne fois avec ce passé, qui la rattrape où qu'elle aille, et qui, chose plus intolérable, met en danger l'équipage et sa mission ici, si rien n'est fait. Un instant, elle regrette que son oncle ne soit pas là pour lui donner des conseils, mais elle sait exactement ce qu'il lui dirait. Et ce qu'il aurait fait. Sauf que cela lui a couté le vie. Guère encourageant, à la vérité, mais elle possède un atout qu'il n'avait pas.

Des amis.

Un peu rassérénée, elle fait le point des préparatifs qu'elle a pu faire en si peu de temps, des points de repli qu'elle a trouvé, des éléments qu'elle doit travailler et ceux qui joueront contre elle. La liste est longue, mais elle trouvera le temps de la réduire dans la meilleure école qui soit. Parce qu'une fois qu'elle aura déposé la première série de lettres, elle pourra passer à la deuxième partie de son plan.

Finir en prison.
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MessageSujet: Re: Les voiles de Kul Tiras : le bleu de l'amer.    Jeu 23 Aoû - 17:31

J'aime qu'un plan se déroule sans accroc…

Pense t elle en passant le doigt à travers celui qui s'ouvre sur le côté de sa tunique. Assise sur la petite banquette qui tient lieu de banc et de couchette dans sa cellule, elle sent le froid de la pierre qui remonte de ses fesses jusqu'au long de son dos. Les ombres s'agitent sur les murs ; les courants d'air sont légion ici, chahutant les petites flammes des lampes à huile qui éclairent, assez chichement, l'endroit et le couloir qui y mène. Les lourds barreaux en acier présentent quelques signes d'usure mais semblent globalement destinés à défier encore quelques centaines d'années. Le sol est propre et la cellule d'à coté est vide. Faut il voir là une marque de faveur, eu égard à son statut d'officier de la Royale, ou bien la marque d'une justice efficace et rapide, qui ne laisse pas le temps aux cellules d'être engorgées, et aux matons d'être submergés ?

" Je suppose que je le saurai bien assez tôt " pense t elle, en jetant un dernier coup d'œil à l'endroit avant de se remettre en position allongée, mains derrière la tête, pour faire le point une nouvelle fois.

Les gardes sont intervenus sur le navire un peu plus tard qu'elle ne le pensait, comme s'ils avaient eu du mal à remonter sa piste. A moins qu'ils n'aient du passer par leur hiérarchie pour intervenir sur un navire de l'Alliance récemment arrivé dans le port. Dans tous les cas, ce délai supplémentaire ne lui plait pas vraiment, même si cela lui a permis de participer au rituel chargé d'aider Erynn dans sa guérison. Une sacrée descente en enfer, qui s'était assortie d'un mal de crâne lancinant, mais qui en valait la peine ; la jeune femme avait ressenti du soulagement en constatant que la guerrière, mais également tous ceux qui s'étaient joints au rituel, avaient émergés, plus ou moins marqués par l'expérience, mais unis par une aventure particulière, renforcée par le lien spirituel que Dorwel avait mis en place pour "faciliter" leur intervention. Un sacré souvenir à partager. Plus tard, alors elle le met dans un coin de sa tête et passe à la suite. En descendant dans le canot, les gardes se sont montrés courtois, c'est à dire qu'ils ne l'ont pas rudoyés plus que de raison pour un motif aussi important. La traversée s'est faite dans le silence de la nuit, à peine troublé par le bruit des rames sur l'eau. Il n'a pas fallu longtemps avant que le donjon des Portvaillant ne se profile à l'horizon, et que le canot ne s'amarre à un des petits pontons qui desservent le quartier. Conciliabule rapide entre l'officier qui l'a arrêté et les sentinelles en faction, puis elle est "invitée" à débarquer et, bien entourée, elle est conduite jusqu'à un grand bâtiment tout en longueur, marqué aux armes de la ville et de la famille dirigeante, puis après avoir fait quelques détours dans des couloirs et emprunté un grand escalier, elle est conduite dans une grande salle qui se révèle être le bureau du Sénéchal chargé des affaires criminelles. L'homme, pas très grand pour ce qu'elle peut en juger, mais sa position assise n'offre guère de point de repère, parait âgé. A la lueur des lampes à huile, son teint parait cireux, et Vey lui donne facilement la cinquantaine, mais quand il finit par redresser la tête, posant sa plume et la regarde, sans aménité mais sans froncer les sourcils, sa voix est douce, avec des accents d'autorité de qui a l'habitude de donner des ordres et être obéi.

" Bien. Si nos informations sont justes, vous êtes le Quartier Maitre Mira Stella."

" Oui, messire."

"Ne m'interrompez pas tant que je ne vous donne pas la parole."

"..."

"Vous êtes présentement accusée du meurtre d'un citoyen de Boralus, un honnête négociant répondant au nom de Meredith Saunders, dans la nuit du 18 au 19 eme jour du 8eme mois de l'an 38. Dans l'attente du procès qui statuera sur votre cas, vous serez enfermée ici, dans les geôles de la Sénéchaussée. Vous pouvez parler."

"Merci, "votre honneur". Puis je savoir qui m'accuse de ce meurtre ?"

"Je suis le sénéchal Reed Crimson, adressez vous à moi en disant "Messire" ou "Sénéchal", madame. Nous ne sommes pas là pour faire votre procès, vous serez confrontés bientôt à vos accusateurs, et vous pourrez faire appel à l'aide d'un défenseur qui sera libre de mener sa contre enquête afin d'apporter, si il y a matière, des éléments susceptibles de vous disculper. Suis-je assez clair ?"

"Très, sénéchal."

"Bien, nous en avons fini pour ce soir. Lieutenant, conduisez la dans sa cellule.
"

Un bruit de ferraille quand le gantelet frappe la cuirasse au niveau du cœur, et Vey sent une poigne froide qui se resserre autour de son bras. Après avoir descendu plusieurs étages, le petit groupe arrive dans le quartier des geôles. La plupart sont silencieuses et fermées par de lourdes portes en bois, avec une petite ouverture grillagée à hauteur de tête. De loin en loin, des gardes font leur ronde, en silence. La plupart ne la regarde même pas. Peut être que le renouvellement du contenu des cellules fait qu'ils ne veulent pas trop s'attacher ?

La bêtise fait sourire Vey, et arquer un sourcil perplexe au lieutenant, qui fait un signe pour indiquer au soldat de tête d'ouvrir la cellule. Deux secondes à peine pour se faire une idée de la disposition des lieux, et on la pousse dedans. La porte se referme.

Retour au présent.

Vey rouvre les yeux ; cette fois le froid s'insinue dans ses jambes. L'absence de fenêtre ne lui permet pas de savoir quelle heure il est, mais le jour ne devrait pas tarder à poindre. Un jour qui s'annonce frais et humide.

Le début d'une longue série.
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MessageSujet: Re: Les voiles de Kul Tiras : le bleu de l'amer.    Mer 29 Aoû - 16:51


Une fois n'est pas coutume, le calme règne dans le couloir des cellules. Le garde de faction a le plaisir d'entendre le bruit de ses bottes ferrées qui résonnent sur les épais murs de pierre, ce qui contraste avec le brouhaha de la veille, où le transfert d'un prisonnier particulièrement récalcitrant a mobilisé les forces de plusieurs de ces confrères pour le maitriser, le faire sortir de sa geôle et l'amener devant le seigneur Reed. Il revoit encore la face rouge du prisonnier, un aristocrate de la noblesse de province, originaire de Brennadam, à son phrasé, ceinturé par Gros George et encadré par Bill Murray et Spencer SableRouge, s'époumonant et protestant de son innocence pour la centième fois au moins depuis son arrivée, avant d'être vertement tancé par le lieutenant Standham qui, lasse de l'entendre vociférer, l'avait fait bâillonné. Un drôle de spectacle qui lui tire encore un sourire.

Mais ce soir, tout est calme. Sa ronde l'amène vers les cellules destinées aux notables et à ceux dont la situation personnelle est délicate, au regard de la loi tirassienne. D'ordinaire peu usitées, l'une d'entre elles accueille depuis quelques jours une jeune femme blonde, un officier de l'Alliance d'après ce qu'il en a entendu, qui n'a guère fait parler d'elle depuis, sauf par moment où s'élève le son de sa voix à travers la porte de chêne, fredonnant des airs qu'il ne connait pas, mais qu'il lui arrive d'écouter, quitte à se mettre un peu en retard sur sa ronde. Approchant de la dite cellule, il ouvre le petit guichet prévu pour surveiller les détenus, et jette un coup d'œil ; la prisonnière est allongée sur son lit, un bras passé sur les yeux, silencieuse. Probablement doit elle dormir. Mais au moment où il va refermer, le bras se soulève et elle esquisse un coup d'œil dans sa direction. Il lui sourit, elle ne répond pas. Haussant les épaules, il ferme le guichet et reprend sa marche.

Du bruit dans les escaliers. Trop tôt pour que ce soit la relève. Peut être amène t on un autre prisonnier ? Mais son interrogation trouve sa réponse quand il voit, dans l'encadrement de la porte, une silhouette familière des lieux. Visage ovale sous une chevelure grisonnante coiffée en chignon, regard dur et lèvres fines que n'éclaire aucun sourire. Il faut dire que son métier ne s'y prête guère. Une tenue sombre, tissu de qualité, coupe impeccable, une pile de feuillets sous le bras et un monocle rangé dans la poche de sa veste, on pourrait la prendre pour un des nombreux civils qui travaillent pour la Maréchaussée. Mais les armoiries discrètement brodées sur l'épaule gauche, et les insignes de capitaine sur l'épaule droite la distinguent aux yeux des habitués.

" Mes respects, capitaine Arlington. Vous venez voir un des prisonniers ?"

"En effet, John. Je viens voir l'officier de l'Alliance qui est incarcérée chez vous."


La voix étonnamment douce tranche avec le profil aquilin de la femme, mais le soldat la connait bien et il sait que toute douce que soit la voix, elle appartient à une femme qui sait se faire respecter. Plusieurs gardes l'ont appris à leurs dépens. Aussi commence t il à fouiller dans sa poche pour en sortir le trousseau de clefs, pour leur faire gagner du temps une fois arrivés devant la cellule. Sa curiosité le pousse à poursuivre la conversation pendant le trajet.

" Ainsi, c'est vous qu'ils ont mandaté pour la représenter, alors ? Ca doit être grave s'ils font appel à la meilleure ?"

La flatterie n'atteint pas sa cible, le profil aquilin ne décroche pas l'ombre d'un sourire, les yeux seuls indiquent que la question a été entendue.

"Vous savez que je ne peux pas discuter de cela avec vous, John, alors contentez vous de m'ouvrir la cellule, afin que je puisse faire mon travail."

"A vos ordres, capitaine.
"

Il ouvre la porte, vérifie que la prisonnière est toujours sur le lit et s'efface pour laisser entrer l'officier qui a fait profession d'avocate.

* * * * * * * * * * *

Le bruit dans le couloir à une heure plutôt calme indique à Vey qu'il se passe quelque chose. Et quand les bruits de pas et de conversation s'arrêtent devant sa porte, elle se tient prête. Toujours allongée sur sa banquette, elle jette un œil quand le guichet s'ouvre à nouveau, puis la porte s'ouvre et la silhouette du garde, John, masque un temps la lumière provenant des lanternes qui éclairent le couloir. Puis l'homme s'efface et une autre silhouette, plus petite, lui fait place, s'avance et entre dans la pièce. Une femme d'âge mûr, un soldat à sa façon de se tenir, et un haut gradé à sa façon de se déplacer comme en terrain conquis, le regard d'acier rivé sur elle. Encore une qui doit être du genre à emmener sa cravache quand elle va au lit, se dit la jeune femme, prenant soin de conserver une attitude la plus neutre possible pendant l'examen auquel elle est soumise.

"Vous avez encore besoin de moi, capitaine ?"

La voix du garde parait un peu étouffée. La femme lève la main, sans quitter Vey des yeux, faisant signe de les laisser toutes les deux. Bruit de gonds qui grincent, et la cellule retrouve son intimité. Balayant la pièce du regard, le capitaine avise un tabouret, tend le pied pour le tirer à elle, devant la banquette et s'assoit dessus. Vey fait basculer ses jambes pour se mettre en position assise à son tour, ce qui l'amène à proximité de sa visiteuse. Aussitôt, une subtile fragrance dont elle peine à reconnaitre la composition exacte, à n'en pas douter un parfum de luxe, lui effleure les narines. Après plusieurs jours à sentir jusqu'à l'écœurement le moisi engendré par la proximité de la mer, cet assaut olfactif manque de lui faire tourner la tête. En tout cas il n'est pas déplaisant, et semble être la seule touche de coquetterie que s'octroie l'officier en face d'elle. Celle ci compulse quelques feuillets avant de reporter son regard sur Vey.

"Vous ne ressemblez pas au portrait qu'on m'a fait de vous. "

L'entrée en matière désarçonne la jeune femme, surtout après plusieurs jours à n'échanger que des propos avec elle même, ou chantant pour passer le temps. Mais elle se ressaisit bien vite, se permettant un petit sourire.

" Ah ! C'est donc qu'on ne m'a pas encore complètement oublié là haut. Dois je ceci au sens de l'hospitalité des tirassiens, capitaine ?"

"Capitaine Alessandra Arlington, et vous faites bien de mettre en avant le sens de l'hospitalité de notre île, que vous avez bafoué de bien vilaine façon pour atterrir ici."

"Le seigneur Reed aurait il oublié de me poser certaines questions, qu'il vous envoie pour clôturer mon dossier ?"

"Le seigneur Reed est intransigeant mais c'est son rôle, et il fait ça à merveille. Non, le mien est de vous représenter et, sauf si vous me renvoyez, de vous défendre lors du procès qui devrait avoir lieu sous huitaine. Ce qui ne nous laisse que peu de temps pour trouver des arguments qui plaideront en votre faveur… et vous éviteront le gibet."


Le regard de l'avocate sur sa cliente en dit long, et elle esquisse un léger sourire quand elle voit Vey qui tressaille légèrement à la mention de la potence. Ajustant son monocle, l'avocate reprend la longue litanie des chefs d'inculpation qui pèsent sur sa cliente, pendant que celle ci l'écoute, sans mot dire.

" Comme vous pouvez le voir, on ne vous a pas ménagé, et ce n'est pas votre statut d'officier qui vous protégera si le jury estime que votre tête doit tomber. Et il le fera, sollicité par certaines voix, afin d'envoyer un signal fort à votre Alliance, si vous ne me donnez pas de quoi vous épargner ça. Je ne vous cacherais pas que votre cas est mal embarqué, mais j'ai appris au cours des années, que même une affaire scellée en apparence peut aboutir à un verdict favorable. Alors je vous écoute."

"Qu'y a t il tant à dire que vous ne sachiez déjà ? Nous avons passé une partie de la nuit à discuter du bon vieux temps, et il semblait désireux d'en avoir plus sur moi et le navire sur lequel j'officie … officiait. Il était même question qu'il rejoigne le bord, ou qu'il se fasse notre intermédiaire ici pour faciliter les échanges avec les négociants locaux. Puis il est devenu méchant, l'excès de vin sans doute, et il m'a agressé. Je me suis défendue et il est mort."

"Pourquoi vous êtes vous enfuie si vous n'avez fait que vous défendre ?"

"Ce porc n'a eu que ce qu'il méritait. J'ai bien été tenté un court instant de trouver le Guet, mais en revenant sur mes pas, je me suis perdue. Alors j'ai erré un moment, en proie au doute. Et comme la matinée passait, je me suis dit que … dans les bas quartiers les règlements de compte devaient être monnaie courante, et qu'un corps de plus … le Guet n'y preterait pas plus d'attention que ça…"

"Et vous avez cru que l'affaire en resterait là ? Vraiment ? Ce n'est pas très malin de votre part. Nos limiers sont très doués quand ils s'y mettent, comme vous avez pu vous en rendre compte. Bon, et vous comptez faire amende honorable ? dédommager la famille par exemple ? Cela réduirait votre peine."

"C'était un porc et sa famille devrait me remercier pour avoir mis fin à ses souffrances."

"Voilà une attitude inattendue de la part d'une jeune femme, qui plus est occupant un poste d'officier dans les forces de l'Alliance. Vous ne me facilitez pas la tache mais ce n'est pas forcément un problème. Je vais faire parvenir une lettre à votre capitaine afin de prendre rendez vous avec elle, puisque je suis la seule mandatée pour le moment à faire le lien entre vous et votre équipage."

"Ne mêlez pas le capitaine à cette affaire, cela ne regarde que moi."

"Vous vous trompez, jeune fille. Maintenant cela me regarde et je pense que votre capitaine sera du même avis, si ce n'est pas déjà le cas. Je repasserai vous voir demain, et je vous conseille, d'ici là, de réfléchir à votre défense et à l'attitude que vous voulez adopter. Songez que vous représentez un peu l'Alliance, à votre façon."


Puis, sans attendre de réponse de la part de sa cliente, le capitaine Arlington se lève, remettant ses feuillets en place, puis va toquer à la porte de la cellule, qui s'ouvre rapidement. Elle sort sans un regard en arrière. La porte se referme.

Vey sourit, puis se rallonge sur sa banquette.
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