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 Les ombres d'Inigo

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Inigo Ghesufal

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MessageSujet: Les ombres d'Inigo   Sam 10 Fév - 15:02

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Chap. 01 - Le Coffre de Hurlevent

Pour qui sait observer, les rues de Hurlevent laissent entrevoir bien des bizarreries architecturales : impasses soudaines, portes qui ne s'ouvrent que sur des murs, soupiraux aveugles, ruelles qui vous ramènent immanquablement sur vos pas, venelles qui ne figurent sur aucun plan... C'est que la ville fut conçue et construite par Edwin van Cleef qui, pressentant peut être son destin de futur meneur des Défias, avait prévu des échappatoires, des chausse-trappes et des refuges...

Ainsi sur les quais, se trouve une fenêtre basse, étrangement placée au ras du sol, juste entre l'armurerie Potts et l'entrée de La Belle Véreuse, taverne bien connue pour ses boissons fortes, la discrétion de son personnel et l'absence de questions. Car en s'approchant de près, on ne peut que constater que cette fenêtre ne s'ouvre sur aucune pièce, ni cave ni entresol. Tout ce qu'elle protège des intempéries, c'est un mur.

Le propriétaire de La Belle Véreuse, Quincy Cutler, avait reconnu Inigo Ghesufal dès son entrée dans la salle, en permanence plongée dans l'ombre. D'un signe de la main complexe et trop rapide pour qu'un non initié le remarquât, le marin avait indiqué qu'il ne souhaitait nulle boisson ni fine compagnie. Comprenant le message, le tavernier indiqua d'un signe de tête à la jolie Lana Ashwin - la belle coquine au petit chapeau mutin -  de conduire Inigo dans l'arrière salle. La jeune femme, habituée des coutumes locales, ouvrit un lourd rideau découvrant une petite porte qu'elle déverrouilla. Inigo pénétra dans le petit salon à la suite de la jeune femme qui alluma la lanterne.

- Tu veux du vin aux épices, Inigo ? demanda-t-elle avec un sourire en coin. Sachant la nature des épices auxquels pensait la jeune femme, Ghesufal déclina de la tête :
- Pas ce soir, ma belle, désolé. Je suis pressé, morose et ne ferai qu'un piètre compagnon de fête... Une autre fois, promis.

Comprenant qu'il souhaitait rester seul, Lana s'approcha, se mit sur la pointe des pieds - qu'elle avait fort menus - et déposa un rapide baiser sur les lèvres du marin. Enfin, satisfaite de son effet, elle s'en fût dans un très théatral frou-frou de jupons parfumés.

Rendu seul, Ghesufal alla directement au fond de la pièce, manipula une applique murale, appuya sur une pierre, en pressa une autre et une troisième et fit levier à nouveau sur l'applique. Au sol, un pan de mur s'ouvrit laissa apparaitre un passage connu d'Inigo seul. C'est aussi pour ce genre de service qu'était tant appréciée la Belle Véreuse. Moyennant un loyer fort cher, Cutler fournissait de tel refuge. Inigo ignorait le nombre de clients qui en bénéficiait et il s'en moquait.
Après avoir allumé les restes d'une vieille bougie, Inigo contempla le petit espace sans fenêtre : nul meuble à l'exception d'un méchant tabouret branlant et d'une large malle ferrée, de celles qu'on utilise pour voyager. Au mur pendait un lourd et long manteau de toile huilée d'un noir profond qui ne retint guère l'attention d'Inigo : il marqua un temps d'arrêt devant le coffre, souffla un grand coup et se résigna à l'ouvrir.

Il contempla ces reliques d'un temps qu'il pensait révolu à jamais. Sa nouvelle identité de marin de fortune était bien établie à présent : au fil des années, il s'était donné assez de mal pour cela. Après leur séparation, comme les autres survivants, il avait acheté les silences auxquels on pouvait se fier, fait taire les langues auxquelles on ne le pouvait pas, brûlé les dossiers, brouillé les traces, effacé les pistes. Il avait tiré un trait sur ce passé qu'il avait espéré définitif.
Sauf qu'on ne choisit pas toujours et à présent, il lui fallait renouer avec certaines anciennes habitudes et revêtir à nouveau le Bleu. La "Piste" passait à présent par la Royale, cette hypocrite marine de guerre du Roi qu'il s'était bien juré de ne jamais plus servir.
Il secoua la tête pour se raisonner : la Vengeance était un bon navire ("la", car Inigo considérait les navires comme étant "féminines"), il trouvait son équipage sympathique, le bosco semblait capable et la capitaine Hodge droite et digne de confiance - en plus d'avoir un certain charme auquel, à sa grande surprise, il devait reconnaître qu'il n'était pas tout à fait insensible... Et puis, un navire affrété de façon aussi atypique ne pouvait que servir ses propres intérêts. Au moins pour un temps. Après, on verra bien...

Il tira le petit tabouret, et commença à trier les effets dans la malle. Il écarta d'office ceux qui trahirait de trop d'évidences son passé à des yeux avisés - le Bosco et Hodge, surtout. Il laissa à contre coeur la paire de dague-pistolet et les étoiles de lancer en thorium : le poinçon en tête d'aigle et ancre qui les ornait en dirait trop et ce genre d'équipement n'était pas en vente libre - même sur la marché noir. Il n'ouvrit pas non plus la boîte à poisons ni celles aux pièges : à nouveau, trop reconnaissables. Et pour cela, en revanche, il trouverait l'équivalent - voire mieux - dans les Entrailles de Dalaran. Le court mousquet à la gueule évasée ne trouva pas non plus grâce à ses yeux : à nouveau, le même poinçon d'argent sur la crosse.
Un bruit métallique se fit entendre alors qu'il soulevait un foulard. Baissant les yeux il reconnut le médaillon d'argent, le ramassa, lutta un instant contre la tentation de l'ouvrir. Y céda.
A l'intérieur, le portrait d'une jeune femme, le visage joli et encadré d'une lourde chevelure brune, le clin d'oeil et le sourire complice, défiait Inigo. On devinait des épaulières de cuir réglementaires, peut être même une amorce de grade d'officier sur la manche. "Maery... mais dans quel pétrin t'es-tu encore fourrée ? " murmura-t-il. Comme une réponse muette, la flamme de la bougie oscilla d'un courant d'air qui ne pouvait exister dans la petite pièce fermée. Il referma le médaillon d'un geste sec et le laissa tomber dans la malle.

"Ah ! nous y voilà" s'exclama-t-il en dépliant un pourpoint lacé, des chausses, des gants usés et les bottes qui allaient avec. Tout en cuir et renforts, la tenue, fort martiale et fonctionnelle, était d'un bleu un peu passé mais qui ferait bien l'affaire. Il enleva l'insigne à tête d'aigle et ancre du pourpoint, tout comme la broche indiquant un grade de Quartier-Maître. Il vérifia par trois fois qu'il ne restait rien de compromettant et, contemplant la tenue étalée au sol, il se dit que la Royale n'ayant pas modifié les uniformes depuis ce temps, en y ajoutant des épaulières standard et le tabard du vaisseau, cela ferait parfaitement l'affaire.

Fouillant plus avant au fond de la malle, il sortit un paquet de toile huilé qu'il déroula : "et vous aussi, mes vieux complices, je vous emmène" dit-il pour lui-même en ré-emballant le lourd sabre et la hache d'abordage ainsi que la longue dague main-gauche rangée dans son étui de botte. Il délaissa en revanche le pistolet à silex canon-long - pas une arme de marin ça !
Enfin, il vérifia un dernier paquet de vêtements liés ensemble : foulard, tenue complète, ceinture à poches et lames de jet dans les passants, bottes de cuir souple, le tout d'un noir de nuit opaque. Satisfait de ses recherches, il fourra tout son barda dans le grand sac marin qu'il avait apporté et referma à clé le coffre. Puis il moucha la bougie d'un souffle et quitta l'endroit sans se retourner.

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MessageSujet: Re: Les ombres d'Inigo   Ven 9 Mar - 12:25

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Chap. 02 - Une plage en Pandarie (1e partie)


Le Commandant de Salambreuse était visiblement agité, irrité même, alors qu'il faisait les cent pas sur le pont arrière du Triomphe-de-la-Lumière, superbe et flambant neuf vaisseau de ligne de la Marine de l'Alliance, unité imposante qui comptait trois ponts et pas moins de 60 canons à elle seule.
Au milieu de la nuit, le pont résonnait sous les talons de ses élégants souliers à talons et rubans assortis à ses bas de soie jaune pâle et le Commandant de Salambreuse se trouvait dans la pire des situations : il devait prendre une décision.

Dans cette invasion de la Pandarie à laquelle il ne comprenait rien ("Mais qu'est-on venu faire chez ces ours obèses, je vous le demande en vérité ?"), il était à la tête d'une petite escadre qui comprenait le Triomphe-de-la-Lumière et deux frégates d'escortes. Trois navires, une centaine de bouches-à-feu au total... presque 500 hommes, marins et soldats de marine. Et le groupe Epervier-Deux bien sûr. Le Commandant n'aimait déjà pas les petites gens, les soldats du rang... mais ceux-là, ces "Eperviers", il les détestait !
Tout comme il détestait ce navire, cette campagne, cette Pandarie sauvage, cette horde malfaisante et barbare, la Marine, bref, tout ce qui l'avait éloigné de la Cour de Hurlevent. Car le Commandant de Salambreuse devait d'avoir été nommé Chef d'Escadre, à tout juste 29 ans, davantage à la fortune et aux relations de Madame Mère qu'à ses talents de navigateur ou de stratège. Tout bien considéré, Fludubert de Salambreuse, Vicomte de Joli-Bois, était un péteux.

Et c'est exactement ce que pensait le Capitaine Nelson F. Drake alors qu'il observait, le dos droit et en silence, le manège du Commandant à la perruque poudré. Vieux soldat forgé sous le harnais des troupes de marine, Drake était tout l'opposé du jeune Commandant. Loyal parmi les loyaux, il vouait à la Marine du Roi - et au Roi lui-même - une dévotion sans faille. Vétéran de deux guerres, il avait la réputation d'être fort dur et exigeant avec ses hommes, intransigeant sur la discipline et ne leur passant rien. Ce qui était vrai. Il avait aussi la réputation de ne jamais sourire. Ce qui était moins vrai, mais de peu.


Fludubert de Salambreuse, Vicomte de Joli-Bois (à gauche)
et le Capitaine Nelson F. Drake (à droite)

A soixante-deux ans, outre ses états de service, ce sont ses compétences reconnues de militaire et de meneur d'hommes qui lui avait valu son affectation actuelle. Car le Capitaine de Marine Nelson F. Drake était "SI:9", c'est-à-dire la très secrète section de renseignements de la Marine. Et depuis la campagne du Norfendre, il était à la tête du Projet Epervier dont il avait eu lui-même l'idée. Par conséquent il commandait le groupe Epervier-Deux, celui-là même qui causait tant de soucis à notre pauvre Fludubert...

- "Mais enfin Nelson, que font-ils ? Pourquoi est-ce si long ? Nous aurions dû voir leurs signaux depuis des heures... ah lalalala, que je n'aime pas ça Nelson... Oooh Mère me l'avait bien dit, cette mission était vouée à l'échec avant même de commencer. J'aurais dû  l'écouter et la laisser parler à l'Amiral... Et d'ailleurs, vos hommes, là, sont-ils bien fiables ?"

Le jeune commandant se plaisait à appeler Drake par son prénom. Sans doute imaginait-il que cela le rapprochait du vieux soldat, cherchant une complicité qu'il n'aurait jamais. Car le Capitaine Drake ne lui était pas subordonné mais, selon les ordres, les deux hommes devaient "pleinement collaborer afin d'assurer la réussite de la mission". Drake accorda un regard froid et dur au jeune Commandant.

- "Les ordres sont les ordres, Commandant, et si notre devoir est de les exécuter avec succès, il n'est certes pas de les comprendre ni de les commenter !" le sermonna-t-il sans se soucier des sous-officiers avec lesquels ils partageaient la passerelle. "Quant à Epervier-Deux, je me refuse à avoir à nouveau cette conversation avec vous. Ils sont plus que qualifiés pour cette mission, vous le savez, je le sais, l'Amirauté le sait, point."

Fludubert ne prit même pas ombrage du ton sur lequel le vieux soldat lui avait parlé. Il était trop effrayé par la responsabilité qui allait être la sienne - briser le premier rang de défense de la horde pour permettre le débarquement du reste du corps expéditionnaire de l'Opération Bouclier. Il était inquiet non par l'importance stratégique de la mission ou par le nombre de vies en jeu. Plutôt par l'impact qu'aurait un échec sur sa prochaine mutation à l'Amirauté et donc son retour à la Cour - Mère lui avait assuré que cela ne saurait tarder dans sa dernière lettre. Et penser que cela était entre les mains de ce ramassis de barbares, ce maudit Epervier-Deux au nom ridicule... Ah ! comme il détestait ces militaires, ces espions et ces exécuteurs de basses oeuvres... Il devait se débarrsser au plus vite de cette mission, en recevoir tous les éloges... oui c'est cela... Et ce fut l'ambition d'un jeune homme et non la raison militaire qui décida du reste.
N'y tenant plus, il se retourna vers l'officier-canonnier :

- "Vos pièces sont-elles chargées et prêtes à faire feu, Lieutenant ?"
- Oui, mon Commandant, toutes les pièces sont à vos ordres !
- "Fort bien. Sur mon ordre, tenez-vous prêt."


A ces mots, le vieux soldat se figea. Il n'allait tout de même pas... Drake s'interposa : "Mais Commandant, Epervier-Deux est encore sur place ! Ils doivent être à pied d'oeuvre à présent, c'est une affaire de quelques minutes pour qu'ils nous signalent les bons objectifs, ce sont leurs ordres, ils les suivront, je m'en porte garant !"

- " Votre groupe là, ces égorgeurs et ces catins qui n'auraient jamais dû sortir des geôles où ils croupissaient. Telle est leur place et je ne vais certes pas risquer ma carrièr... euh, je veux dire la mission que l'Amiral en personne m'a confiée parce que vos gibiers de potence ne savent pas respecter un horaire !" Et se retournant vers l'officier-canonnier : "Lieutenant ! Feu à volonté !"

Drake se retourna vers la côte, ahuri par l'ordre qui venait d'être donné : "NON !"
Mais déjà toutes les pièces d'artillerie des trois navires de l'Alliance ouvraient le feu. Et, sous les yeux du vieux soldat épouvanté, l'enfer se déchaîna sur la plage de Krasarang et les collines voisines. Et sur Epervier-Deux.

***

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MessageSujet: Re: Les ombres d'Inigo   Ven 9 Mar - 14:33

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Chap. 02 - Une plage en Pandarie (2e partie)

Cette fois, c'est enfin la bonne plage. Luciole se laisse glisser au bas de l'arbre sans aucun bruit et rejoint rapidement le groupe resté en arrière.

- " Fer et sang ! Luciole, préviens ! j'ai failli te tirer dessus". La svelte elfe fait un clin d'oeil à l'intention du nain à la crête écarlate : "Mais oui Tap'Dur, et tu m'aurais encore manquée" le moque-t-elle.


Deux-Lames ; Luciole


- "Moins fort !" s'inquiéte Faussaire. Le grand et malingre humain s'inquiète toujours. Il est vrai qu'il n'est pas tout à fait à sa place ici, dans cette jungle. Tout le monde le sait, mais personne n'en fait la remarque et chacun veille un peu sur lui.


Faussaire ; Tisane


Luciole s'approche du petit groupe : "La plage est de l'autre côté de cette petite crête là. Tête-Creuse s'est gouré et nous a débarqué à trois lieues du camp orc."
- "Et tu es sûre que c'est la bonne cette fois ? On est pas vraiment en avance du coup"
demande Frelon.
- "Comme si je m'étais déjà trompée" défie l'elfe dans une grimace vers le jeune homme. Frelon ne releve pas et se tourne vers Forban qui fait office de chef sur cette mission.

Lequel a le regard tourné vers la crête en question. "Foutrebleu de Tête-Creuse !" jure-t-il entre ses dents... "Allez, on y va et on essaye de rattraper le temps perdu !"

Le groupe reprend la marche et progresse lentement et prudemment dans la jungle. La nuit est sans lune (tant mieux) et la végétation épaisse (tant pis). Ils ont l'habitude. Epervier-Deux n'en est pas à son coup d'essai. Les plus anciens étaient même dans le tout premier groupe. Mais le Norfendre a emporté la plupart d'entre eux et d'Epervier-Un ne restent que Forban, Tisane, Sirène et les deux nains Tap'Dur et Qu'un-Oeil.


Qu'un-Oeil ; Tap'Dur


La vielle au soir, Tête-Creuse avait ordonné leur débarquement sur la plage dont il avait lui même calculé les coordonnées et assuré que c'était là le meilleur endroit pour approcher les défenses de la Horde. "Tête-Creuse", connu officiellement sous le nom de Commandant Fludubert de Salambreuse, Vicomte de Joli-Bois. Et évidemment, il s'était trompé de plage.

Depuis Epervier-Deux cherche à rallier la bonne crique le plus vite possible, aussi leur progression est-elle aussi rapide que le terrain le permet... En avant Luciole suivie de Deux-Lames et Frelon, sur chacun des flancs les deux nains et enfin le reste du groupe. Tisane, Faussaire (les moins à leur aise sur le terrain) entouré de Tic-Tac, Carré d'As, Sirène et Forban.


Tic-Tac ; Frelon


Enfin, ils atteigent le sommet de la crête et dissimulés dans des feuillages, ils découvrent le camp retranché ennemi. Là les tours, ici le dépôt, plus loin les machines de guerres. Les trois objectifs que les chevaucheurs de griffon avaient repéré et dont la Marine souhaite se débarrasser avant l'arrivée du gros des troupes. Et qu'Epervier-Deux doit marquer aux fumigènes pour que les canons du Triomphe les rayent du décor.
Maintenant qu'ils sont sur place, chacun se met à l'oeuvre : Luciole et Deux-Lames en sentinelles (l'humaine et l'elfe forment un duo létale pour quiconque tenterait d'approcher), Tic-Tac amorçe ses engins explosifs avec l'aide des deux Sombrefer, ravis d'enfin pouvoir jouer avec... Tisane et Faussaire distribuent fléchettes et étoiles de lancer luisantes de poison. Sur un signe, chacun confirme en silence qu'il est prêt et sans rien ajouter Epervier-Deux se sépare en trois groupes, un par objectif. Forban s'est concerté avec Sirène et Qu'un-Oeil pour répartir les groupes et les objectifs :

Sirène, Tic-Tac, Frelon et Tap'Dur s'occuperont des machines de guerres en les piégeant avec les engins de l'ingénieure humaine (une sécurité au cas où les canons des navires manqueraient leur cible) ; Deux-Lames, Luciole, Carré d'As et Tisane iront jusqu'au dépôt et enfin Forban, Faussaire et Qu'un-Oeil marqueront la tour centrale.

Forban regarde Sirène disparaître dans les feuillages et réprime un frisson. Il n'aime pas la laisser seule, ne pas avoir un oeil sur elle. Elle déteste ça et le lui reproche souvent mais, depuis qu'ils s'étaient rencontrés encore enfants sur les quais de Baie-du-Butin, Forban n'a jamais cessé de vouloir la protéger.


Sirène ; Carré d'As

Ils sont restés ensemble durant tout ce temps et ont appris à se débrouiller seuls, s'épaulant et viellant l'un sur l'autre. Les navires, la flibuste, les combats et les abordages... ils ont finalement été arrêtés ensemble et confiés aux "bons soins" du Capitaine. Puis le Norfendre, Epervier-Un. Une équipe réduite, formées par les meilleurs et équipées avec le meilleur que pouvait offrir la Marine, enfin le SI:9.
Epervier-Un : uniquement des repris de justice, tous multi-récidivistes, condamnés à mort ou à perpet'. Le contrat était simple : vous n'irez que sur des missions-suicide ; si vous survivez, peut-être aurez-vous une remise de peine... peut être. Et si l'un d'entre vous tente de s'évader, c'est tout le groupe qui retourne immédiatement en prison et subir sa peine. La belle affaire : comment s'évader du Norfendre ?

Le temps avait passé. Epervier-Un avait cédé la place à Deux. La glace du nord à la jungle du sud.

Le reste de la nuit est une succession de sentinelles égorgées ou abattues à distance par les étoiles de Deux-Lames ou les flèches de Luciole. Les poisons de Tisane font également merveille. Le tout dans un parfait silence. A mesure qu'ils avancent dans le camp endormi, ils piègent les fûts de poudre et d'huile, placent les "trap'boums" de Tap'Dur. La Tour est atteinte, le dépôt aussi. Prêts à être marqués par les fumigènes à retardement. Ils auront cinq minutes pour évacuer avant que les signaux ne soient déclenchés et vus depuis la mer. Cinq seulement et il faudra que cela suffise.
D'un geste, Qu'un-Oeil attitre l'attention de Forban et montre la silhouette de Sirène qui leur fait savoir que son groupe est aussi en place. Forban va lui confirmer qu'eux l'est également quand des détonations se font entendre depuis le large. Il se lève soudain et la dernière chose qu'il voit avant de perdre conscience est la silhouette de Sirène et tout le camp disparaître dans le feu et la mitraille.

Tête-Creuse vient de perdre patience.


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MessageSujet: Re: Les ombres d'Inigo   Mer 14 Mar - 11:46

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Chap. 03 - Sirène

La plage s'illumine soudain de douzaines d'explosions qui en déclenchent immédiatement des dizaines d'autres. Les pièges qu'ils ont déposés un peu partout et les réserves de poudre du camp s'embrasent sous les boulets des navires de l'Alliance et le chaos s'ajoute au chaos. Mais lui ne voit pas les fumées ni les flammes, il ne voit que la silhouette disparaître dans les enfers déchaînés, il ne voit rien d'autre et il n'entend aucune des effroyables déflagrations, il n'entend que

... le bruit lent du ressac qui vient doucement lécher la plage protégée du large par une fine barrière du récif. C'est le matin, une douce brise de terre vient réchauffer l'air. Il a vu arriver la chaloupe de loin, elle est à son bord. Il sort de l'ombre de la cocoteraie alors qu'elle saute dans l'eau. Les vagues lui battent les genoux, elle s'approche de lui en souriant, un long cigare au bec, une bouteille de rhum à la main, le mousquet négligemment posé en travers des épaules.



Elle s'approche, il la prend dans ses bras, onze mois qu'ils ne se sont vus, chacun sur des navires différents, rôdant sur des eaux trop éloignées. Ils rient de se retrouver et la façon qu'elle a de poser sa main sur sa joue, la façon qu'il a de la regarder... ce soir, ils seront amants, ils le savent et profitent de l'instant. Le vent est chaud et doux, des parfums sucrés de

... sueur acre, de mauvais tabac et d'alcool frelaté, la taverne empeste. C'est un des pires bouges de la ville qui pourtant en compte beaucoup. Il marchande avec un fieffé salopard. Une catin trop sale et trop grasse approche et vient le distraire en pleine négociation, elle est de mèche avec le salopard à n'en pas douter. La catin l'aguiche et exhibe ses appâts mous et fatigués avec vulgarité. Le salopard se penche, souriant de tous ses chicots avariés, les coudes sur les genoux et les mains sous la table, on entend le déclic d'un pistolet qu'on arme et le salopard baisse soudain ses yeux ahuris sur la dague qui vient de se planter droit dans sa poitrine et il s'écroule, la gueule dans l'écuelle de ragoût figé.



Elle sort de l'ombre et traverse la salle d'un pas décidé, elle envoie un coup de genou dans l'entrejambe de la catin et lui éclate le nez d'un violent coup de tête. La catin s'effondre en un tas de chiffons crasseux. Le reste des clients, blasé de ce genre d'animations  n'accorde aucune attention à la scène.
Elle pousse le corps sans vie du salopard et s'assoit sur la chaise devenue libre. Elle le fixe et lui sourit en se servant un verre de rhum. Elle pointe vers lui un index de reproche.
Elle dit : "Tu es un foutu vaurien, mais tu es MON vaurien ! Est-ce bien clair ?"
Il dit : "Comment savais-tu qu'il pointait son pistolet sous la table ?"
Elle dit : "Je ne le savais pas"

... le coup arrive sans prévenir, vicieux, en plein estomac. Il ne l'a pas vu venir. Et quand bien même, il est trop faible pour l'éviter. Deux mois dans les geôles de la capitale, au régime sec, à attendre le bourreau. "Pendu jusqu'à ce que mort s'en suive" a dit le juge. Il s'en moque, il maudit cette justice de nantis et de pourceaux. Mais il désespère de savoir qu'elle va subir le même sort. Capturés sur le même navire, jugés pour les même crimes et probablement pendus à la même potence... Une voix inconnue et impérieuse arrête le poing du geôlier, d'un ton qu'on ne commente pas : "Laissez-le !". La voix s'approche et ordonne : "Lui, lui, elle et ces deux autres là-bas... et cette femme au fond aussi". Le geôlier n'en revient pas : "Mais ce sont les pires crapules que vous

... ai choisis parce que, chacun dans votre style, vous êtes la plus belle bande de coupe-jarrets et de gibiers de potence que j'ai jamais vue. Pour vous, je suis Le Capitaine. Pour moi, vous n'êtes rien. Des outils tout au plus. Voilà la situation : on va vous laver, vous nourrir et vous entraîner. Vous n'avez aucune existence légale. Oubliez vos noms, oubliez qui vous êtes ! Vous exécuterez des missions suicides sans discuter, des tâches ingrates que personne d'autres ne pourrait ou n'oserait faire. En échange de quoi, quand JE le jugerai envisageable, vous pourrez PEUT-ETRE bénéficier d'une remise de peine. Si vous survivez bien sûr... Oh, et si d'aventure l'un d'entre vous tente de s'évader, le groupe entier retourne illico à son triste sort, perpétuité, travaux forcés ou le gibet... je suis certain que vous trouverez des solutions pour éviter de telles erreurs de jugement et que vous saurez

... lui rompre le cou. Blafard a déjà tenté de s'évader à deux reprises et c'est deux fois de trop. C'est sa peau contre la sienne, contre celle de tous. Il regarde le reste des membres d'Epervier-UN et chacun confirme d'un signe de tête. Il la regarde elle, qui confirme à son tour. Alors il faut en finir. D'un mouvement sec en clé de bras, il brise la nuque du malheureux. Le reste du groupe Epervier-Un le regarde sans un geste, sans un mot. Ils embarquent le lendemain pour le Norfendre, ses glaces, ses non-morts et ses

... quais pleins de vie, de nourriture, de marchandises. Pourtant il a faim. Il n'a pas le sou et vit comme il peut dans les rues de Baie-du Butin depuis deux semaines maintenant. Il entend un bruit de bagarres, une fille crie. Il s'approche. C'est bien une fille, jeune, jolie sous la crasse, 12 ans ou 13 ans peut-être, deux de moins que lui. Un groupe de gamins, aussi sales que méchants la bouscule et déchire la pauvre liquette de la fille. Sans savoir pourquoi, il est envahi soudain par une colère froide. Il s'avance et envoie un coup de poing au premier garçon puis au deuxième... Le reste du groupe change alors de jeu et lui tombe dessus, le roue de coups. Ils sont trop nombreux et il se prend une belle volée. Mais la fille en a profité pour fuir, c'est l'essentiel. Plus tard, elle revient et l'emporte dans sa cachette, sous une bicoque sur pilotis, derrière des buissons et des caisses pourries. "C'est chez moi ici. Comme tu m'as défendue, je te soigne, c'est normal. Tu peux rester avec moi si tu veux... je m'appelle

... par son nom, mais elle n'entend pas, peut être à cause des vagues. Il l'appelle à nouveau, plus fort cette fois. Elle se retourne et le regarde avec un sourire triste.
Hier, elle a dit : " Je ne reste pas, je dois partir."
Il a dit : "Je sais".
Elle revient sur ses pas et s'approche de lui. La plage semble l'étouffer : elle part et il ne peut rien faire pour la retenir. Il la regarde, aimerait lui dire les mots mais en est incapable.
Elle dit : "Je sais. Moi aussi."
Elle dépose un baiser fugace sur ses lèvres puis se détourne et rejoint la chaloupe qui l'emmènera loin de lui. Cette plage le déteste, cette plage l'engloutit, cette plage qui

... explose en milles brasiers, il court vers l'endroit où la silhouette a disparu sans penser aux dangers qui l'entourent, se foutant de la mission et de cette guerre en Pandarie. Une explosion proche de lui le souffle et le balaie, et sa tête percute violemment un rocher et il

... ouvre les yeux. Il a mal partout, sa vue demeure trouble, il perçoit des voix, une surtout. La voix s'approche de lui, il sent une main se poser sur la sienne. Il reconnait le timbre guttural et rocailleux de Qu'un-Oeil :
- "Forban ! Tu es enfin revenu à toi, les dieux soient loués !" La voix marque une pause, puis reprend avec douleur : "Sirène est morte, Forban, je suis désolé, elle est morte !" La poigne du nain écrase la main de Forban. Dans un sanglot, il ajoute : "Ils sont tous morts, Forban, tous ! et ce sont nos canons qui ont fait ça !"
Sirène ? Morte ? Il ferme les yeux et laisse s'échapper des larmes silencieuses qui coulent sur

...la plage, les cocotiers, le vent doux du sud, le ressac. La chaloupe qui allait l'emporter loin de lui.
Il n'avait rien pu dire.
Elle avait dit : "Je sais. Moi aussi."



***

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MessageSujet: Re: Les ombres d'Inigo   Ven 16 Mar - 10:51

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Chap. 04 - La forêt

Le temps passa. les jours se firent semaines qui devinrent mois. Les blessures cicatrisèrent, lentement, du moins celles que les corps avaient reçues. Quant à celles qui avaient touché les âmes...

Ils trouvèrent refuge au fond de l'épaisse forêt de Krasarang, loin des avant-postes, loin des chemins empruntés par les aventuriers qui se faisaient de plus en plus nombreux à mesure que la Pandarie s'ouvrait, bon gré mal gré, au monde extérieur.
C'est dans une clairière au pied d'une crête très escarpée qu'ils avaient installé leur camp, près d'un cours d'eau potable. Les environs étaient certes dangereux mais pleins de gibiers, de fruits et de racines comestibles. L'endroit idéal pour panser les plaies des cinq survivants, les derniers des éperviers.

L'elfe Luciole avait été la moins touchée par le bombardement et avait rapidement pris les choses en main : trouver l'endroit et l'aménager, y conduire ses compagnons, chasser et cueillir la nourriture pour que tous reprennent rapidement des forces.
Carré-d'As s'en tirait avec quelques cicatrices de plus, mais rien au visage, ce qui à ses yeux était l'important. Faussaire boiterait probablement le reste de ses jours mais, les dieux soient loués, sa vilaine blessure à la jambe n'avait pas dégénéré et l'amputation avait pu être évitée. Qu'un-Oeil avait proposé de créer à proximité un petit monument à la mémoire de leurs compagnons : six pierres plates et lisses, disposées en arc de cercle, tout près d'une petite cascade et d'un joli buisson aux grosses et belles fleurs blanches dont ils ignoraient le nom. Et, même s'ils n'avaient pu récupérer les corps de leurs frères et soeurs d'arme, ils trouvaient un certain réconfort à honorer ici leurs mémoires, à pouvoir leur parler. Forban s'y rendait chaque soir, juste à la nuit tombée. Il s'isolait près de la petite cascade, s'asseyait en tailleur, toujours près de la même pierre. Sans dire un mot, les yeux dans le vide, il restait là, aiguisant sa colère, affutant ses plans.

Luciole avait été assez adroite - et les gardes de l'Alliance assez balourds - pour dérober du matériel dans un des avant-postes que l'armée régulière avait installés. Des vêtements, quelques armes et surtout de quoi survivre en forêt, couvertures, ustensiles de cuisine, des bandages et des médicaments aussi...

Le temps passa. les jours se firent semaines qui devinrent mois. Une certaine routine s'installa. Forban, dès que son état physique lui permit, partait chasser avec Luciole ; Carré-d'As cuisinait, fort bien d'ailleurs, au grand étonnement des autres ; Qu'un-Oeil soignait Faussaire qui demeura très faible tout le temps qu'ils restèrent en Krasarang. C'est sans doute ce qui les incita à changer d'endroit, à aller davantage au nord et se rapprocher d'un village pandaren qui les accueillit sans poser de question, avec la gentillesse débonnaire qu'on leur connait. Les attentions des villageois et l'air moins humide leur firent le plus grand bien, surtout à Faussaire qui put bientôt se lever et reprendre à marcher...

Ils ne cherchèrent pas le contact avec les forces de l'Alliance, ils l'évitèrent même soigneusement. "Nous sommes morts", avait dit Forban. "Et c'est notre plus grand atout : morts, ils ne peuvent pas nous renvoyer au bagne ou au gibet. Morts, nous sommes sans intérêt pour eux. Morts, nous pouvons revivre en secret". Et c'est sans aucun doute ce qui occupait Forban, ces soirs de solitude auprès des pierres plates en arc de cercle. Aiguisant sa colère, affutant ses plans.

Et puis, un soir, il revint plus tôt que d'habitude et, quand il pénétra dans la petite maison sur pilotis que les villageois avaient mise à leur disposition, les autres surent que les choses allaient changer.
"Faussaire, vois si l'érudit du village pourrait te passer quelques parchemins et de l'encre aussi. Il nous faut des papiers en règle. Luciole, trouve-nous des vêtements en bon état et de l'équipement de voyages, que nous soyons comme ces aventuriers en maraude qui trainent dans le coin. Carré-d'As, choisis un jeune officier bien naïf et en mal d'amour. Un qui puisse nous fournir un passage sur un des navires alliés. Je vais vous expliquer mon plan et Qu'un-Oeil, tu chercheras à le détruire avec tes arguments les plus durs de nain obtus. Et nous recommencerons jusqu'à ce que tu ne puisses plus le contrarier." Ils le regardèrent d'un air interrogateur, mais au fond d'eux-mêmes, ils connaissaient déjà la réponse.


"Nous rentrons à Hurlevent" ajouta Forban.

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MessageSujet: Re: Les ombres d'Inigo   Lun 19 Mar - 12:02

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Chap. 05 - Retour à Hurlevent

- Je ne viens pas avec vous.

Les mots, prononcés doucement, interrompent les derniers préparatifs de départ et ils lèvent tous les yeux vers l'elfe. Qu'un-Oeil et Forban vont pour répondre mais Carré-d'As les arrêtent d'un geste de la main.

- Vous rentrez chez vous, je comprends. Mais cette ville de pierre n'est pas chez moi. Je ne peux pas rentrer à Orneval, j'en suis bannie. Je partage votre chagrin et votre douleur. Ils étaient mes amis à moi aussi. Mais mon chemin n'est plus celui-là.

- Et que veux-tu faire, Luciole ? demande Carré-d'As d'une voix basse

- Je vais rester ici un moment je pense. Ici je ne suis pas connue, les habitants sont sans malice et prennent les gens pour ce qu'ils sont, pas pour ce qu'ils ont pu être par le passé. Oui, c'est un bon endroit pour tenter sa chance. Je crois.

Faussaire fouille dans sa sacoche et en tire une liasse de papier qu'il tend à la pisteuse kaldorei. "Je t'ai préparé ces papiers, Luciole. Tu es Darshee Ryllae à présent. Tu verras les détails, je crois que c'est assez convaincant. Si ça peux te servir..."

Les adieux furent brefs. Luciole avait repris son destin en main, chose qu'elle n'avait pu faire depuis des années. Arrivés à onze en Pandarie, ils ne furent que quatre à embarquer comme passagers réguliers sur le Lion-Bondissant, navire marchand qui ralliait le port de Hurlevent chargé de soieries et de victuailles pandarènes que les nobles de la capitale s'arracheraient à prix d'or.
Le jeune lieutenant Brickas, officier en second du navire, se mourrait déjà d'amour pour Carré-d'As, qui lui avait soutiré deux belles cabines doubles, quatre billets gratis et le couvert pour toute la durée du voyage.
La traversée fut longue, monotone et sans histoire. Les quatre peaufinaient leur plan, en réglaient les derniers détails. Et enfin, c'est dans un matin ensoleillé que le phare de la baie de Hurlevent fit son apparition. Sur le quai, le jeune Brickas fit un au-revoir larmoyant à Carré-d'As, que bien sûr, il ne reverrait jamais.

Durant la traversée, Faussaire avait bien travaillé. Les bons du trésor qu'il avait imité - gagés sur les Caisses Royales elles-mêmes -  étaient d'un tel réalisme que l'employé de la banque n'y vit que du feu. Voilà de quoi les mettre à l'abri du besoin et surtout financer leur plan. Qu'un-Oeil les laissa pour aller dans la vieille ville, réactiver certains contacts tandis que les trois autres allaient se refaire une garde-robe adaptée à leurs nouvelles identités.

Et c'est ainsi que seulement deux semaines plus tard, la Vicomtesse Emelise de Mainfroi ouvrit ce "cercle de lecture" qui allait rapidement devenir un fameux lieu de jeux et de détente, fréquenté par toute la haute société de la ville. Dans ses affaires, Madame de Mainfroi se faisait aider du dénommé Ramsey Lomprall, longiligne boiteux en charge des comptabilités et du nain Duvrim Wergnarh, habile croupier borgne, qui n'avait pas son pareil pour lancer les dés et porter chance aux dames.

Et, quelques temps plus tard, un nouvel employé fut engagé aux services des Ecrits et Registres Royaux, sur la recommandation d'un amiral très mondain, très stupide et fidèle admirateur de Madame de Mainfroi.
Le nouveau préposé aux écritures, bossu mais très discret, fut immédiatement affecté aux Archives Royales, Département de la Marine, sous-section des Affaires Extérieures. Autrement dit, les archives du SI:9.

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MessageSujet: Re: Les ombres d'Inigo   Mar 17 Avr - 15:57

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Chap. 06 - La Dame et le Bossu

Comme chaque soir à la même heure sonnée au carillon de la Place Faol, la silhouette courbée et misérable se profilait sur les quais de la capitale. Comme chaque soir à la même heure, le bossu quittait les locaux des Ecrits et Registres Royaux, le pas étriqué et mesuré, l'allure lente et timide, comme ne voulant déranger personne. Depuis bientôt dix mois qu'il occupait cet emploi d'archiviste, le même rituel se répétait jour après jour. Parlant peu mais travaillant beaucoup, le bossu n'avait pas lié de relations avec ses collègues qui, le plus souvent, l'ignoraient ou le moquaient. Petit, difforme et laid, il abattait de plus trop de travail pour être apprécié des autres employés. Il suivait toujours la même routine, déjeunait seul du même petit sandwich concombre-cresson-oeuf, qu'il sortait encore enveloppé de papier gras de son vieux cartable au cuir craquelé. Il ne pariait pas aux loteries populaires, ne venait pas aux pots du service, ne connaissait ni ne propageait aucun ragot. Tant et si bien que tout le monde en vint à oublier qu'un vieux bossu travaillait aux Archives des services secrets de la Marine, classant et répertoriant des dossiers classifiés et des documents anciens, pour la plupart oubliés de leurs auteurs eux-mêmes.

Et donc, comme d'habitude, le bossu allait de son petit pas fatigué sur les quais et se dirigeait vers son domicile dans la vieille ville, suivant le même itinéraire : les quais, un arrêt de quelques minutes à regarder les pêcheurs des canaux. Reprendre son chemin, passer sous le porche, une ruelle à gauche, une autre à droite... Arrêt chez l'épicier, quelques achats de légumes pour la soupe du soir et le sandwich du lendemain.

Mais ce soir là, il obliqua une ruelle plus tôt, suivit un itinéraire nouveau et complexe fait de retours en arrière et de crochets brusques, le pas se faisant plus rapide. Et puis, comme par enchantement, il disparut dans l'ombre d'un porche.

Une heure passa. Le bossu, sans doute rassuré de n'avoir vu personne à sa suite, sortit de sa cachette et alla rapidement dans une arrière-cour toute proche. La nuit était tombée et nul ne le vit escalader la façade le long de la gouttière et pénétrer dans le bâtiment par une fenêtre laissée mi-close.
Le bossu se tenait dans une petite pièce, meublée sommairement d'un bureau et d'une chaise et éclairée seulement par le feu de cheminée. Un lourd rideau aveuglait la fenêtre par laquelle il était entré. Dans un angle, une coiffeuse avec un grand miroir et des flacons et pots de maquillage. Au sol, un coffre ouvert sur des piles de documents que le bossu entreprit de sortir et de placer sur le bureau selon un ordre précis. Il ouvrit le double fond de son cartable et en sortit de nouveaux feuillets qu'il déposa sur certaines des piles, comme pour compléter cette étrange collection.

Puis il se redressa et le bossu grandit de 20 bons centimètres. Il enleva la redingote et le gilet, dégrafa les bretelles qui retenait la bosse de théâtre et la laissa tomber au sol. Puis il ôta sa perruque et se démaquilla face au grand miroir avec application. C'est à ce moment là que Madame de Mainfroi entra dans la pièce avec une bouteille de vin et deux verres.

- Te voilà rentré, Forban. Je m'inquiétais, il est plus tard que d'habitude...
- Oui, je voulais être sûr de n'avoir personne à mes basques.

Il fit un geste vague vers les piles de documents.

- C'est fini, Carré-d'As. C'était le dernier dossier. Tout est là.
- Et tu es bien sûr, tu as pu placer tous les leurres de Faussaire à la place ?
- Bien sûr. Nous n'avons officiellement plus aucune existence. Toute l'opération Epervier a été définitivement rayée des Archives. C'est fini, Carré-d'As. Enfin.

Il se retourna, des trainées de crème encore sur le visage. Carré-d'As déposa la bouteille et les verres sur la table.

- Pas tout à fait encore, Forban. Tu le sais bien. Il reste encore une chose. En plus de faire disparaître tout cela, ajouta-t-elle en désignant les papiers aux cachets officiels.
- Je sais, je sais, tu as raison bien sûr. Mais pas ce soir. Ce soir je bois, tu bois, et on est gentils l'un avec l'autre.

Carré-d'As sourit alors qu'elle remplissait les verres tout en dégrafant son corsage...


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MessageSujet: Re: Les ombres d'Inigo   Mar 17 Avr - 16:34

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Chap. 07 - La Dague et le Mondain

Durant ces dix mois à travailler aux Archives grimé en bossu de foire, Forban avait cherché puis trouvé l'ensemble des documents liés au projet dit "Epervier". Il apprit ainsi que l'on devait cette brillante idée à un stratège de l'Amirauté, décédé récemment d'une crise cardiaque alors qu'il était en galante compagnie dans le discret bordel de Madame de Mainfroi. Ce stratège avait immédiatement confié ce projet à une commission de deux commandants (chute de cheval en forêt d'Elwynn pour le premier, accident de chasse pour le second) pour les aspects juridiques et à Nelson F. Drake pour l'opérationnel, celui là même que les Eperviers connaîtraient sous le seul nom de "Capitaine".
Drake était entré en contact avec le Directeur de la Citadelle où croupissaient tous les futurs "éperviers". Ce salopard de directeur avait mit trois jours à mourir d'une indigestion. Apprenant la nouvelle, Faussaire en fut consterné : il était persuadé d'avoir dosé le poison pour une douloureuse agonie d'une semaine complète.
Ils n'avaient jamais eu à se plaindre de Drake, et quand il apprit dans le dossier de la Marine que le vieux soldat avait succombé à de méchantes fièvres dans les Steppes de Tanglong, Forban éprouva une certaine forme de compassion.

Durant ces dix mois, il déroba, modifia, remplaça, détruisit des centaines de feuillets, dossiers, rapports, registres, plans et ordres en tout genre. Ce qu'il ne stockait pas dans l'alcôve de Carré-d'As, il le confiait à Faussaire pour le modifier puis le remettait en place. Ou bien il le brûlait juste après en avoir pris connaissance.
Et maintenant, après dix mois d'effort, dix mois de "journées de bossu", de planques, de veilles et de filatures, ils en avaient terminé. Enfin, presque.

Ils avaient réussi à détruire toute trace de l'opération Epervier, à subtiliser leurs dossiers personnels et à effacer toute trace de leurs anciennes identités. Ils avaient identifié les responsables et avaient neutralisé les principaux, c'est-à-dire ceux qui pouvaient les reconnaître. De ceux-là il n'en restait qu'un.

Forban vida son verre et ranima le feu de cheminée. Il vérifia que Carré-d'As dormait encore qui se retourna en marmonnant. Il prit une pile de feuillets et la mit au feu. Il passa ainsi une partie du reste de la nuit à détruire les dernières traces officielles des Groupes d'Opérations Spéciales Epervier-Un / Campagne de Norfendre (dossier classifié n° 21587-AFx) et Epervier-Deux / Campagne de Pandarie (dossier classifié n° 49785-GTe).

Arrivé aux dossiers personnels, il marqua un temps d'arrêt à chacun, comme un dernier hommage, un dernier au revoir, avant de les faire disparaître dans les flammes.

Rosanna Bicker ; Meurtres sur commande, actes de banditisme. Perpétuité.
Deux-lames.

Duilya Sylfaenel ; Ex Sentinelle, meurtre sur trois gardes de hurlevent (suite à plainte pour viol classée sans suite). Pendaison. Luciole.

Peter Rowan ; Fabrication et commerce de substances illicites (poisons, drogues). 30 ans de travaux forcés.
Tisane

Trilgur Koppergluth ; Cambriolages, vols avec violence, meurtres. Pendaison.
Qu'un-Oeil

Gwardr Dughfer ; Cambriolages, vols avec violence, meurtres. Pendaison.
Tap'Dur

Harrison Beaumont ; Escroquerie, faux et usages de faux, loteries clandestines. 30 ans de travaux forcés.
Faussaire

Maggie Kipps ; Fabrication et commerce d'engins mécaniques explosifs prohibés. 25 ans de travaux forcés.
Tic-tac

Maery Littlefield ; Escroquerie, jeux de hasard, faux et usages de faux, meurtres (relaxées faute de preuves), proxénétisme. 30 ans de travaux forcés.
Carré-d'As

Conor Prescott ; Cambriolages, vol à la tire, actes de banditisme. 25 ans de travaux forcés.
Frelon

Il s'attarda un peu trop sur le suivant. Puis se résigna à le jeter au feu alors que Carré-d'As, ne faisant plus semblant de dormir, avait posé sa main sur son épaule et pleurait, elle aussi, en silence.

Angeline Derrington
Flibuste et actes de piraterie, escroquerie, vol à la tire, contrebandes. Pendaison.
Sirène

Il prit le dernier dossier personnel qui restait sur la table et le jeta directement au feu dans un regard. Celui-là, il le connaissait par coeur.

Hiram Chauncey
Flibuste et actes de piraterie, brigandages et rapines, contrebandes. Pendaison.
Forban

Il se redressa et s'étira. D'ici une poignée d'heures le jour allait se lever. Il s'aspergea le visage d'eau froide et commença à s'habiller. En silence, Carré-d'As se leva et traversa nue la pièce. Elle ouvrit un tiroir sous le bureau, en sortit une dague dont la lame fine luisait d'un reflet verdâtre poisseux. Elle glissa l'arme dans un fourreau avec précaution et le fixa au bras gauche de Forban. Sous les manches amples de sa veste, nul n'aurait pu en deviner la présence. S'approchant de lui, elle l'embrassa une dernière fois puis se détourna de lui et quitta la pièce.

Pénétrer dans l'hôtel particulier de madame-Mère avait été un jeu d'enfant. Les planques répétées de Faussaire, Qu'un-Oeil et Carré-d'As lui avait donné une connaissance intime des habitudes de la maison, de la disposition des pièces, des horaires du personnel... La chambre qu'il cherchait était au second étage et donnait sur une arrière cour. Il entra sans bruit et resta quelques instants à contempler le sommeil du maintenant contre-amiral Fludubert de Salambreuse, Vicomte de Joli-Bois, ex-commandant du Triomphe-de-la-Lumière.
Depuis le massacre de Pandarie qui avait coûté la vie de ses amis, il avait tant pensé à cet instant qu'à présent il ne ressentait plus rien, comme un cauchemar usé à force de revenir nuit après nuit. Vidée de cette haine, cette minute ne signifiait plus rien finalement. Mais les quatre survivants avaient voté et le sort en était jeté. Dans bien des rêves, Forban s'était vu plonger sa lame encore et encore dans le corps du lâche. Mais à présent, il y avait plus en jeu que sa vengeance nue. Il devait à ses derniers amis de leur laisser une chance de refaire leur vie. Personne ne devait pouvoir faire le lien entre l'exécution de de Salambreuse et eux.
Sans un bruit il s'approcha du lit, dégaina la lame et incisa juste un peu à la base du cou. Cela ne réveilla pas le dormeur et, au matin, cela semblerait être une piqûre de moustique. Mais cette fois, Faussaire était sûr de lui. Il avait vérifié le dosage. Fludubert mettrait bien une longue et très douloureuse semaine à passer de vie à trépas. Et de fait, il ne trouverait enfin le repos éternel qu'au bout du onzième jour.

Forban sortit de l'hôtel particulier de madame-Mère par les toits et retourna à une de ses planques en ville. Il changea de vêtements et modifia sa coiffure. Il attrapa un baudrier et un fourreau, y glissa dague, sabre et pistolet tout ce qu'il y avait de banal et quitta les lieux pour ne jamais y revenir.

La matinée était bien avancée quand Forban arriva sur les quais et avisa un comptoir en plein air, de ceux qui servent le manger et le boire tout au long de la journée pour les porte-faix et matelots de passage. Il s'approcha et commanda un bol de soupe et un verre de vin, qu'il paya en petite monnaie.

- 'cherchez du boulot ? demanda le tavernier derrière son comptoir
- ça s'pourrait bien. Y a des bateaux qui cherchent ? répondit Forban tout avalant sa soupe
- y'a le Goéland Pourpre qui part en Norfendre d'ici deux jours. Ils cherchent un aut' timonier qui connait les côtes là haut, ajouta le tavernier.
- c'est dans mes cordes ça...
- et c'est quoi déjà vot' nom ? que j'leur passe le mot... demanda le serviable tavernier, qui allait toucher 100 sous pour ce "recrutement"
- Ghesufal. Inigo Ghesufal.


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