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 Journal de bord du Capitaine

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Maroussia Hodge

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MessageSujet: Journal de bord du Capitaine   Mar 16 Jan - 12:14

Le journal est relativement épais, recouvert d'un cuir souple et noir. S'y trouve uniquement des annotations d'ordre pratique, il est dépourvu de tout état d'âme. Il s'agit visiblement d'un objet commun aux capitaines de navires. Dans l'idée, un peu stupide sans doute, que l'on retrouvera ce carnet noir, qui permettrait de retracer la vie d'hommes et de femmes avant qu'ils ne disparaissent. Idiot, mais Maroussia Hodge se pliait à cette coutume, sans doute davantage par respect ou mélancolie pour les capitaines qu'elle avait servi, que dans l'idée de laisser une quelconque trace de leur passage. Tout le monde le savait, le papier est le premier à se désagréger face au sel.  


***

Le treizième jour du premier mois de l'an 38.
Vengeance de Neptulon, Rade de Hurlevent.


Arrivée dans la rade du port de Hurlevent. Cela fait bien trois ans que je n'y avais pas mis les pieds.
Stationnement au mouillage. Dans l'attente d'un rendez-vous avec l'Etat-Major de la flotte, pour une nouvelle affectation. Nécessité de recruter un certain nombre d'éléments pour un nouvel équipage.

L'intendance se charge de réapprovisionner le navire. Je soupçonne l'actuel cuisinier de voler dans les réserves. Affaire à suivre.


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MessageSujet: Re: Journal de bord du Capitaine   Jeu 18 Jan - 12:07

Le dix-huitième jour du premier mois de l'an 38.

L'ensemble de l'équipage se porte correctement. Les hommes réparent les dernières avaries, et bénéficient de temps libre relativement important. Nous avons recruté l'Aspirant V. Broussebarbe. J'accorde grand intérêt à son évolution. Un Vogue-Tempête est une denrée rare, et une fois formé, il sera un atout indéniable.

Nous sommes encore loin d'être en capacité de reprendre la mer. L'Etat-Major de la flotte en a bien conscience, et le recrutement demeure un enjeu majeur, que je délègue en grande partie à B. Fitz, plus compétent que moi en la matière.
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MessageSujet: Re: Journal de bord du Capitaine   Mar 23 Jan - 13:50

Le vingt-troisième jour du premier mois de l'an 38.
Vengeance de Neptulon, Rade de Hurlevent.


Mereel O'Connell nous a rejoint au poste d'infirmier. Attentif, prudent et sans doute quelque peu imprévisible, je ne doute pas qu'il réalise un excellent boulot. Il faudra sans doute un peu de temps, comme pour le Vogue-Tempête, qu'il trouve sa place à bord. Mais nous avons le temps, le recrutement battant toujours son plein. Le Bosco m'a convaincu de lancer une vague d'affichage. J'attends encore un peu, mais sans doute faudra t-il passer par là, sans doute dans les semaines à venir.

Les manœuvres réalisées dans l'après-midi du vingt-et-unième jour sont satisfaisantes. Le navire ne présente plus d'avaries réelles, et cela a permis à l'équipage de retrouver un peu la mer. L'aspirant Broussebarbe s'est montré intéressant. Son expérience en mer ne fait nul doute, et s'il doit encore s'habituer à notre fonctionnement, il sera un atout majeur en mer. Je pense lancer son épreuve de survie au cours de la semaine prochaine, sans doute avec monsieur O'Connell. Elles ont tendance à souder les troupes, et j'ai déjà mon idée sur l'épreuve qui pourrait leur correspondre.


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MessageSujet: Re: Journal de bord du Capitaine   Ven 26 Jan - 10:30

Le vingt-sixième jour du premier mois de l'an 38.
Auberge de la vieille Ville, Hurlevent.


L'aspirant Valdron Broussebarbe a réalisé sa première épreuve de Vogue-Tempête le vingt-troisième jour de ce mois, ce qui marque surtout une avancée dans la voie chamanique, au cours d'une aventure suffisamment épique pour être contée, plus tard, par quelques membres d'équipage. Je leur laisse ce plaisir. La réussite de cette mission permet cependant un certain optimiste quant à l'avenir du Vogue-Tempête, et à sa capacité à tenir son office.

Le même soir, le Bosco a endossé sa forme de maudit face à l'extraordinaire de la situation. J'éprouve une certaine inquiétude quant à sa capacité à se contrôler en cas de danger, et à discerner l'allié de l'ennemi. J'ai déjà vu des enfants de Godwinn perdre le contrôle. Ceux qui auraient pu en témoigner ne sont plus, eux compris. Quoi qu'il en soit, il s'agit d'une fois particulière. L'inquiétude est là, mais tacite. Aucune raison de réellement l'exposer, et le Bosco me connaît trop bien pour ne pas s'en apercevoir.





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MessageSujet: Re: Journal de bord du Capitaine   Mer 31 Jan - 23:43

Le trente-et-unième jour du premier mois de l'an 38
Vengeance de Neptulon, Rade de Hurlevent.


Ces derniers jours ont été marqué par des nouvelles plus ou moins plaisantes. Le départ de l'aspirant Broussebarbe, sans sommation, a été une véritable déception. Mais sans doute est-ce pour le mieux, d'abandonner avant même d'avoir commencer, que de commencer pour abandonner ensuite.
L'affichage initiant le recrutement a été lancé il y a quelques jours par l'Amirauté. Je demeure sceptique quant à la suite.
L'Aspirant O'Connell a réalisé son épreuve de survie, dans les Paluns, avec succès. C'est un homme réservé, mais loin d'être idiot. Et visiblement débrouillard. Nul doute qu'il est soldat, avant d'être infirmier. L'ordre de ces deux qualités important peu.
Nous attendons aussi l'arrivée du nouvel Intendant, dont le nom nous a été communiqué par l'Etat-Major. A peine a t-il posé le pied à bord qu'il remarquait déjà certains dysfonctionnements. Visiblement, j'ai tendance à me relâcher, tant dans le recrutement que le fait de garder un œil sur les manœuvriers. C'est l'effet d'être à terre, sans doute. Cela n'en demeure pas une excuse. Certains visages me manquent, et les voir remplacer par d'autre me fait sans doute oublier qu'ils ne sont justement pas là, que pour les remplacer.


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MessageSujet: Re: Journal de bord du Capitaine   Mer 7 Fév - 16:12

Le septième jour du deuxième mois de l'an 38.
Vengeance de Neptulon, dans la rade de Hurlevent.


La traditionnelle soirée de l'équipage s'est bien déroulée. Les nouvelles arrivées sont prometteuses. L'ordre de mission, définit par l'Amirauté et l'Etat-Major, me laisse quelque peu perplexe. Les mots "pirates" et "repentis" dans une seule et même phrase créent à mon sens un antagonisme sans nom. Cependant, cette mission demeure un excellent moyen de tester les aspirants, et de voir comment fonctionne cette ébauche d'équipage.
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MessageSujet: Re: Journal de bord du Capitaine   Lun 19 Fév - 17:43

Le dix-neuvième jour du deuxième mois de l'an 38.


Nous avons essuyé la veille une attaque d'un navire de la voile sanglante, équipé d'une technologie plus avancée (notamment un projecteur de fabrication gobeline), que le présume l'Amirauté de l'Alliance.

Le capitaine est désormais prisonnier. Son sort sera décidé dans la soirée. De même pour le gobelin du Cartel Gentepression, retenu quant à lui dans la cabine de Mereel.

Je n'ai pas grande remarque à ajouter sur le combat d'hier, si ce n'est que nous manquons de pratique en mer et dans les manoeuvres, moi la première. Le temps - et le vent - nous étaient favorables, mais la difficulté sera bien différente par gros temps.

Les pirates de la Voile Sanglante ont agi de manière relativement classique en terme de stratégie. Je ne pensais pas que nous en croiserions aussi tôt, cependant. Si les propos du gobelin s'avèrent vrai et qu'un combat se prépare, ils n'auraient jamais dû se trouver si loin de Strangleronce, qui plus est avec un cap au nord.

L'équipage est indemne. Secoué, sans doute. Mieux vaut que ça reste ainsi. C'est en s'habituant à ce genre de périples qu'on en devient imprudent, et trop confiant. L'habitude est l'ennemi de la survie. Survie de laquelle sont d'ailleurs revenus sans trop d'encombres Klitick, Vey et Inigo. Je n'en doutais pas une seconde.
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MessageSujet: Re: Journal de bord du Capitaine   Mar 20 Fév - 10:01

Le vingtième jour du deuxième mois de l'an 38.

Arrivée dans les mers du sud. Mouillage entre les falaises du récifs infâmes. Nous ne risquons pas grand chose tant que nous ne bougeons pas, ou que le vent ne change pas de sent. Il devrait demeurer sud-est encore un ou deux jours.

Mieux vaut mouiller dans les récifs que de s'approcher davantage de la Baie, au vu des derniers éléments de l'opération Harris.
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MessageSujet: Re: Journal de bord du Capitaine   Mar 20 Fév - 11:39

Le vingtième jour du deuxième mois de l'an 38.

L'opération Harris pose de plus en plus de problèmes. S'il n'est pas encore temps de faire machine arrière, je crains l'effet domino lorsque nous détiendrons les tenants et les aboutissants de cette affaire.

Sans doute serait-il plus sage de faire machine arrière et de rentrer à Hurlevent. John Doe dépend du SI:7... Nous marchons sur des œufs, tant avec le Cartel - auprès duquel nous devons développer une neutralité de façade, qu'avec Doe, qui je le crains risque de passer du statut d'emmerdeur à celui de "principal problème".

Nos missions, hors période de guerre, ont toujours relevé d'une certaine complexité. Mais les éléments avec lesquels nous composons actuellement changent tout à fait le genre de jeu. S'il s'avère que mes craintes au sujet de Doe sont fondées, alors nous sommes bel et bien seuls. Sans l'Amirauté, l'Etat-Major ou que sais-je d'autre derrière.

Pour reprendre les points essentiels :

- Spencer Harris semble être toujours à la Voile sanglante, accompagné par une femme répondant au nom de Agatha. Il aurait son propre navire, le "Reptile", mais selon les dires du capitaine prisonnier, Tribaldi, il n'a pas quitté Strangleronce. Sans doute reste t-il en prévision de l'attaque à Baie-du-Butin.

- Cette fameuse attaque devrait avoir lieu aux alentours du troisième jour du troisième mois. Les propos de Tribaldi recoupent ceux du gobelin du Cartel, parlant en effet d'une "arme", qui ne serait rien d'autre que des sous-marins de la Kapitalrisk, armés, et vendus à la Voile.

- Avec ces sous-marins, la Voile sanglante a semble t-il prévue d'attaquer Baie-du-Butin pour porter un coup frontal au Cartel Gentepression. Cependant :

- L'information semblait bien circuler entre Harris et John Doe. De fait, Harris semble être un agent double, le capitaine Tribaldi ayant expliqué aux aspirants qu'Harris avait une manière bien trop "solitaire" de s'enrichir (sans doute était-il donc payé par le Baron ou Doe).

De ce fait :
--> L'attaque prévue de la Voile sanglante à Baie-du-Butin est connue par le Baron et (forcément) John Doe. Les propos du tavernier gobelin vont en ce sens, puisqu'il a expliqué que le Baron s'armait en prévision de l'attaque, dans l'idée de détruire la Voile et de récupérer ses navires.

La bataille qui se prépare donc demeure assez opaque, notamment sur qui pourrait bien avoir l'avantage. D'autant plus qu'il n'est pas dit que Spencer Harris n'est pas un "agent double" mais un "agent triple", et qu'il communiquerait donc de fausses informations au Cartel dans le but de les piéger. Cela pourrait sembler cohérent, compte tenu des liens qu'il a développé avec une certaine "Agatha", décrite par John Tribaldi, le capitaine pirate, comme étant une "assoiffée", "une pure et dure de la voile".

... Mais dans ce cas là : Pourquoi Spencer Harris demanderait-il à John Doe de le faire sortir de ce merdier ?


Zones d'ombre :

- Rôle véritable de Spencer Harris auprès de la Voile comme du Cartel. Il nous faut impérativement le retrouver pour obtenir les clés de cette affaire. Or, rien ne dit qu'il se trouve encore en Strangleronce, bien que l'idée qu'il soit resté pour la bataille demeure assez cohérente.

- Rôle véritable de John Doe : si son rôle de "couverture" auprès du Cartel ne fait aucun doute, je m'interroge sur les motivations réelles de cet homme, notamment vis à vis du SI:7. Evidemment, leurs services sont plus performants que moi pour juger de la loyauté d'un homme. Mais plusieurs choses sont sources de doutes :
--> Le fait qu'il n'a globalement pas donné d'informations réelles aux Aspirants (notamment concernant la fameuse attaque de la Baie, il était forcément au courant).

--> Le fait qu'il ait conseillé le Baron de s'armer en utilisant des canons de fabrication nordique. Est-ce vraiment son rôle de vouloir participer à l'armement du Cartel ?

--> Pire, si les propos du tavernier gobelin s'avèrent vrais, et que les canons viennent d'Atreval, cela pose une question bien grave de corruption. Romilda y a pensé, je l'ai senti hier soir. Après ce qu'elle m'a appris sur Doe et son action dans le nord, je ne comprends pas comment il a pu rester au SI:7.

--> Le fait que John Doe soit au courant de notre arrivée, ce qui n'est pas dans les habitudes du SI:7 d'en informer leurs agents. Et qu'il se soit permis de m'envoyer cette lettre. Cela voudrait sans doute dire que nous avons une taupe à bord. Ou pire, que l'Amirauté a une taupe parmi ses rangs.

Nous sommes pour l'instant pieds et poings liés concernant John Doe. L'idée qui me vient à l'esprit serait - une fois Harris récupéré - de lui tendre un piège. Les ordres ont été clairs à son sujet, sa couverture ne doit pas tomber. Alors, nous trouverons des preuves. Et s'il a de quoi tomber, il tombera.
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MessageSujet: Re: Journal de bord du Capitaine   Mar 27 Fév - 10:26

Le vingt-septième jour du deuxième mois de l'an 38.
A bord du Vengeance de Neptulon, Récif infâme, Strangleronce.



A propos de l'opération « L’opération Harris » :





Un vote. Voilà qui était surprenant, et à ma propre initiative. La situation l’exigeait, cependant. Et je ne suis pas certaine que tous – notamment les plus jeunes – ont saisi dans son entièreté la portée de ce que nous allons faire.

L’ordre de mission de l’Etat-Major était clair : rapatrier Spencer Harris, ce pirate traite à la Voile Sanglante, en le ramenant de gré ou de force à Hurlevent. Puis, tout s’était complexifié. Les aspirants qui avaient rencontré John Doe pour la première fois l’avaient tout de suite soupçonné. De fait, ce genre d’homme engendrait toujours de la suspicion. Pour protéger sa couverture, par habitude, et par talent, celui d’un agent du SI :7.  Mais Doe avait sans aucun doute la mauvaise habitude de se croire beaucoup plus malin que la moyenne. S’il était si malin, sans doute ne le crierait-il pas sur tous les toits, pour commencer. Se laisser envahir par l’orgueil était souvent synonyme de stupidité, et Doe se croyait visiblement dans une partie d’échecs géante ou c’est le fou que l’on n’attendait pas qui fait échec et mat au Roi.

Un vote, donc. Car leur choix, qui reflétait d’ailleurs ce que j’apprécie chez chacun d’entre eux, pour décider de continuer cette mission et d’arrêter Doe tant qu’il semble être dans les environs, plutôt que de remonter sa traitrise avérée mais pas encore prouvée à l’Amirauté, ce qui engendrait un long chemin bureaucratique entre les bureaux, Amirauté, Etat-Major et SI :7, et prendrait des semaines voir des mois, d’autant plus que le SI :7 a développé une forte tendance à la jouer corporatiste, même vis-à-vis des autres institutions militaires.

J’avais été surprise du vote. Je ne m'attendais pas à ce qu’ils acceptent l'officieux aussi facilement. Certains pour la fougue de leur jeunesse, leur goût du risque et la recherche de la sensation du travail accompli. Refuser de se sentir con, de sentir s’échapper ce qui compte réellement pour ne se contenter que du subsidiaire. Il ne s’agissait pas tant de perdre la face – la mission était accomplie – que de laisser filer un homme qui se croyait au dessus de tout soupçons, par habitude sans doute d’être au dessus des lois.

Le problème, et tout se jouait là, c’était que l’ordre de mission de l’opération « Harris », qu’il allait falloir renommer, disait précisément l’inverse de ce que nous allions faire. A savoir, protéger coûte que coûte John Doe et sa couverture auprès du Cartel Gentepression, et ce, même au détriment de Spencer Harris. Si nous voulions attraper Doe, et avec lui des preuves suffisantes pour le mettre à l’ombre jusqu’à la fin de ses jours, ou raccourcir ceux-ci de manière irrévocable, la question de sa couverture passait de primordiale à question subsidiaire. D’autant plus que contrairement à ses plans, il fallait impérativement que l’on mette les voiles avant cette fameuse bataille de la Baie, qui apparaît de plus en plus à mes yeux comme un règlement de compte, ou les gagnants se trouvent bien loin, comme souvent, du champ de bataille.

Quoi qu’il en soit, ils avaient donc voté. Désormais, nous faisions cavaliers seuls, dans ce qui raisonnait toujours en moi comme quelques souvenirs d’un temps que j’ignore bon mais désormais vieux. Nous ne pouvions nous permettre d’échouer. D’une part car nous laisserions filer Harris. D’autre part, car cela reviendrait à admettre que le fameux « droit d’initiative dans l’urgence » s’applique parfois d’une bien curieuse façon. A savoir, faire le sale boulot soit même, lorsqu’il s’agit d’arrêter un traitre qui a dû déjà prendre le thé avec tout l’Etat-Major réuni. Cela plairait sans aucun doute beaucoup à Baltazar.

J'allais faire aux mieux pour assurer nos arrières vis-à-vis de l’Amirauté. En commençant par écrire un long rapport quant à l’urgence de notre décision. Et en me portant responsable, quoi qu’il arrive.


[/i]


Dernière édition par Maroussia Hodge le Mar 17 Avr - 12:05, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Journal de bord du Capitaine   Mar 27 Fév - 15:06

Le vingt-septième jour du deuxième mois de l'an 38.
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De l’équipage

Etrangement, j’éprouve le besoin de coucher quelques lignes sur le papier, chose que je n’avais jamais faite depuis les six années ou je tiens un journal de bord. Un journal, uniquement dans l’idée de retracer des évènements, factuels. Une sorte « d’aide à penser », pour les vieux jours, et nullement un exutoire. Je n’ai que rarement à exulter quoi que ce soit, à part en combat, et encore. Mais les choses changent, tout comme les gens et les manières.

En six années, il aura fallu l’action combinée d’une Ren Dorei et un nain pour que je passe enfin aux prénoms. Cela ne se faisait pas, dans la tirassienne. L’Alliance avait beau être un peu plus décontractée, le nom était une habitude, un rappel hiérarchique, un rappel que l’on est en service. Pour moi, c’était uniquement le moyen de maintenir quelque distance. Mais les temps changent, et les gens aussi. Je ne sers plus sur des équipages composés à 90% d’hommes. La distance par la forme est finalement assez ridicule, lorsque c’est le fond qui compte.

L’équipage est assez surprenant pour être souligné. Là ou Baltazar applique à la lettre sa vision de l’ordre - c’est d’ailleurs pour cela qu’il fait un excellent second, pour cela, et pour sa loyauté sans faille, si bien que le jour ou il s’opposera à une de mes décisions, j’aurai sans doute conscience de faire fausse route – j’ai toujours été bien plus patiente. Certains pourraient y voir de la manipulation, d’autre de la diplomatie. Mais il s’agit surtout de curiosité, pour les gens, et d’un minimum d’empathie, que je cherche soigneusement à contrôler, cependant.

Baltazar le sait bien, ma patience est un fil sans fin, ou presque, je demeure peu diplomate. Il y a ce que l’on ne comprend pas, ce que l’on excuse, ce que l’on ressent. Et il y a ce que l’on n’excuse pas. Deux fois, jamais trois.
La délicatesse de mener un équipage repose surtout sur l’affect. Il y a quelques années encore, le grade – et la reconnaissance officielle qui va avec - suffisait amplement. Aujourd’hui les choses ont changé. Sans doute en mieux, d’ailleurs. Cela évitera sans doute bien des bavures de guerre.

L’affect, hélas, n’est pas mon sujet de prédilection. Quitte à choisir, je préfère le respect à l’appréciation, et l’appréciation à la crainte. Qu’ais-je pu détester, dans mes jeunes années, celui qui fut mon second capitaine tirassien. Si sûr de lui qu’il en devenait pédant. A rappeler le grade, en permanence. A se pavaner comme un lion, roi des animaux et au sommet de la chaine alimentaire. Et pourtant, ce sont les lionnes qui chassent pour lui. Je l’ai détesté, longtemps. Mais j’avais confiance en son jugement. Il avait survécu à plus d’une dizaine de bataille quand je n’avais eu une bonne étoile que pour une, et ce simple fait me suffisait à le suivre aveuglément. Mon avis s’est aussi adouci, avec le temps. Sans doute n’avait-il pas la bonne méthode, presque maladroite. Mais derrière un masque de rigidité – j’en ai conscience aujourd’hui – se cache souvent les doutes les plus ostentatoires et le poids de la responsabilité. Ce qui compte, ce n’est pas tant de ne plus les ressentir. Mais de parvenir à les hiérarchiser. A trier toujours le pour et le contre tout en sachant que ce qui compte le plus pour soi – à savoir garder en vie un équipage, chose à laquelle j’ai déjà échoué – n’est pas forcément ce qui compte le plus pour l’Etat-Major et pour l’Amirauté.

Je divague. Revenons-en donc à l’équipage. Particulièrement disparate. Féminin, ce qui me laisse relativement admirative, avec ce sentiment de prendre une revanche, quelque part. Les temps changent, et sans doute ont-elles dû ou auront-elles autant à se battre pour demeurer libre, à savoir que l’emprisonnement le plus pernicieux est souvent celui du sentiment, qui nous plonge dans une cage dorée, agréable, que l’on a que peu envie de quitter. J’ai plus souvent botté les culs de bien-pensants paternalistes que de véritables connards. Avec quelques états-d’âme, c’est vrai, mais tous les meilleurs sentiments du monde ne doivent jamais entraver une liberté de pensée et d’actes. Entendons-nous bien : une armée sans ordre irait nulle part. Elle tournerait en rond, se chamaillerait, trébuchant sur ses propres pas. Mais je déteste ceux qui se regardent penser et s’écoutent parler, et qui de fait, pensent que leur statut, leur âge, leur descendance, leur force à l’épée les rend plus apte à décider pour les autres, et notamment pour les femmes. Ceux là auront toujours besoin d’être remis à leur place. Sans rancœur, mais sans attention ou douceur particulière.

L’équipage. J’ai toujours eu tendance à le voir dans sa globalité. A m’attarder davantage sur sa cohésion, dans son ensemble, qui en fait une machine bien huilée ou au contraire, un élément qui s’emballe, proche de l’explosion. J’ai connu les deux, d’ailleurs, et je sais à quel point les choses vont vite, dans le huit-clos qu’est un navire. Avec le temps, je me suis aussi rendu compte que l’ensemble des rouages étaient importants, pour que la machine avance. Il suffit d’un grain de sable, pour qu’elle s’enraie et ce, qu’elle soit le plus gros des chars ou le plus sophistiqué des canons. C’est sa complexité qui en fait sa beauté, d’ailleurs. J’ai toujours davantage aimé le groupe que les individualités. Davantage respecté, aussi. Et je l’ai déjà fait et serai amenée à le refaire un jour, à savoir, sacrifier une individualité – même la plus touchante – pour ce que j’estime être le bien du groupe. C’est mon rôle, plus que tout autre.
Mais aujourd’hui, alors que j’ai la plume bien trop bavarde pour que ça soit synonyme de paix intérieure, je veux m’attarder sur les individualités. Le groupe est intimement lié à chacun d’entre eux. Il viendra plus tard, si je n’échoue pas à être un trait-d’union convenable.


Klitick, tout d’abord. L’esprit et l’ingéniosité gnome. Je crois que je pourrais tout à fait vivre parmi leur peuple, dans une autre vie. Une logique implacable, qui peut sembler parfois obscure. Sans réel affect, ou avec un affect tout à fait différent. Klitick me fait beaucoup penser à notre ancien pilote. Il est plus jeune, discret, efficace. Suffisamment discret pour qu’on l’écoute, lorsqu’il prend et prendra la parole. C’est une qualité rare.


Vey, pour Vendetta. Je me retrouve beaucoup en elle, bien qu’à son âge, j’étais sans doute trop orgueilleuse pour l’égaler. Elle est vive, et sa présence apaise le groupe. Sympathique, mais loin d’être naïve. Forte et douce. Une éducation de soldat de marine, et tout ce que ça représente. L’ordre est ancrée en elle, si bien que comme pour Klitick, elle pousse a être écoutée. Sensible, aussi. J’ai remarqué l’affect qu’elle avait porté à son griffon, blessé lors de l’abordage du Fureur. Elle prend soin de lui comme s’il était une partie d’elle-même. Pas uniquement un outil, une arme. J’apprécie cela, plus que tout autre chose. J’ai aussi remarqué qu’elle était davantage renfermée, ces derniers jours. Il faudra que je demeure attentive. Vey est d’un naturel finalement réservé, et je ne peux la réduire à son professionnalisme, au risque de la laisser couver quelque mal être ou rancœur qui lui porteront préjudice, sans qu’elle-même ne s’en rende compte.


Isström. Elle représente tout ce qui m’a toujours charmé chez
les Barbe-de-Bronze. Une franchise à toute épreuve, qui plus est couplée à de la sincérité. Je crois que si je n’étais pas née humaine, j’aurai choisie de naître naine. Elle n’avait jamais mis les pieds sur un navire, et elle ne sait pas nager. Chose à laquelle il faudra remédier au plus vite, d’ailleurs. Je prendrai le temps de lui apprendre moi-même, pour que ça ne se sache pas. Efficace. Grondante, sans être ventre-à-terre. Je m’inquiéterai le jour ou je ne l’entendrai pas tempêter. Loyale à la manière si simple des nains. En te disant tout d’abord que tu déconnes, mais en bougeant ciel et terre pour te sortir de ta connerie.


Inigo. Un passé trouble, fardeau aux marins comme aux autres. Malin, charmeur. Il me rappelle beaucoup mon frère Marcus, dont je doutais qu’il soit né Hodge, mais plutôt issu de la rencontre de ma mère avec un patibulant facteur. Sincère, lui aussi. J’ignore s’il se fera à l’armée, mais pour l’instant, il est trop amoureux de la mer pour que ça soit un problème. Un amour que nous en avons en commun, que je sens tangible et qui m’inspire confiance. Inigo est un élément important du groupe. Il détendra par sa présence les plus taciturnes. Les agacera, peut-être. Mais l’agacement est un sentiment proche de l’affection, par bien des aspects.


Hérodiade. Je l’apprécie, alors qu’au prime abord nous pourrions sembler opposées. Mais n’est-on pas attiré par ce que l’on n’est pas ? Hérodiade n’est pas franche, mais elle dit ce qu’elle pense, lorsque c’est nécessaire. Et les combats qu’elle semble avoir mené trouvent un écho en moi. Différentes méthodes, pour des buts qui eux peuvent être considérés comme similaires. Elle s’est battue pour ce qu’elle voulait être et voulait faire. Elle a perdu, beaucoup. Peut-être suis-je trop conciliante quant à son penchant pour le vin. Elle ne semble pas réellement s’arrêter sans intervention directe. Mais étrangement, je ne doute pas qu’elle sache ce qu’elle fait. L’ivresse est un moyen d’échapper à la réalité. Elle est trop intelligente, de toute façon, pour que cela fonctionne totalement sur elle. Quant à son amour des hommes, je pense qu’il est davantage amour de la séduction elle-même. Une arme comme une autre, notamment à Hurlevent. Une arme qu’elle n’utilise pas, pour l’instant, sur l’équipage. Il n’y a jamais de bourreau et de victimes, dans ces histoires-là. Ou alors, uniquement de bons bourreaux et de mauvaises victimes, heureuses de leur sort.

Anson. Taciturne. Réservé, peut-être par orgueil, ou davantage par tristesse. Quoi qu’il en soit, il a choisi, comme tous, d’être ici. Je ne doute pas qu’il fasse le nécessaire, lorsqu’on aura besoin de lui. Peut-être s’adoucira t-il, avec le temps. Peut-être pas. Les faits parleront bien davantage que les mots, le concernant. Et le fait de lui avoir demandé d’apprendre à lire et à écrire à Ysael le déridera sans doute. Le fera peut-être exploser, aussi. Mais je ne doute pas qu’il soit bien plus patient, et bien meilleur professeur qu’il s’en donne l’air.


Ysael. Si jeune. Avec cette naïveté propre à son âge, qui pourtant a disparue par bien des aspects. La dureté de sa vie, notamment. Mais elle garde cette joie enfantine, qui s’est adaptée à un quotidien difficile et rude sans être amoindrie. Elle s’adapte sans aucun mal. Elle me touche, comme elle touche tous ceux à bord, à sa manière. Tous ont quelque chose à lui apprendre, et tous ont quelque chose à apprendre d’elle. Parfois, j’aurai presque envie de la prendre sous mon aile. Mais ce serait la pire chose à faire si elle veut prendre son envol. Et je ne doute pas une seule seconde qu’elle le fera.


Dorwel. Marteau-Hardi, et tout comme Isström, il me rappelle ce que j’ai appris grâce aux nains. A chevaucher les griffons, oui. Et aux valeurs qui vont avec. A chaque fois que je l’entends rire, il me fait songer à Yrstad. J’entrevois dans les échos de son amusement les collines de Nids-de-l’Aigle, abruptes, et ce vert, mousseux, qui s’étend à perte de vue, faisant office de mer de substitution. Dorwel est franc et à ce cœur propre aux Marteau-Hardis, brave et droit dans ses bottes. Nous aurons sans doute des différents, un jour, mais son regard reflète le garant moral plus que l’instructeur qu’était Yrstad à mes yeux. Cela ne l’a pas empêché d’être frappé par la perte et le chagrin. C’est le sort qui arrive souvent en premier et aux meilleurs. Dorwel se donne du mal, et il met la main à la patte. Sans rechigner. Se proposant même pour des tâches ingrates, qui ne rentrent pas dans ses attributions. Vogue-Tempête, infirmier ? Sans doute un peu des deux, et sans doute un peu plus que ça.


Romilda. J’ai perdu, mais pas autant qu’elle, si tant est qu’on puisse juger et hiérarchiser la peine. Elle n’est que l’ombre de la femme que j’ai côtoyé il y a près de dix ans. Les quelques lettres que nous nous envoyons, à l’époque, étaient de celles ou l’affectif couve sous le formel. Elles se sont faites plus rares, mais il n’était pas bien difficile de lire entre les lignes pudiques qu’elle pouvait écrire. J’ignore si l’on peut se relever, après tant de pertes. Tant de culpabilité, aussi. Sans doute est-ce elle qui l’empêchera un jour de s’en remettre. Dois-je réellement le lui souhaiter, d’ailleurs ? Je n’en ai aucun droit. Aucune légitimité. Elle a fait un premier pas pour ne pas perdre pied, pas encore, en venant me voir et en s’engageant. Je doute de pouvoir la maintenir hors de l’eau. C’est elle, qui choisira, et personne n’ira à l’encontre de sa décision. Je ne peux que lui offrir un quotidien bien occupé. Des tâches qui empêchent de penser, pour un temps. Elles n’empêchent cependant pas de souffrir.


Elenwe. J’ai beaucoup hésité quant à son intégration. Si les directives d’ouverure sont claires, je pouvais très bien la refuser, une fois son entretien réalisé. Je n’ai rien contre sa condition de Ren Dorei, j’en ai compris les grandes lignes. On ne choisit parfois pas son passé, et tout le monde mérite une seconde chance. Je ne craignais donc pas spécialement une trahison, un double jeu. Même s’ils viennent de la horde, la précarité de leur statut aurait rendu la chose totalement désespérée. Et l’espoir fait vivre.
L'intégration. Je ne sais pas si cela fonctionnera, et j’ai demandé à Dorwel de s’en porter garant. Tout comme j’ai demandé à Romilda et Hérodiade de veiller sur elle, de la surveiller, et d'agir si elle pouvait avoir un trouble quelconque de comportement. Rien de personnel. Mais la confiance se gagne, et mieux vaut demeurer prudent sur ce que l’on ne connait pas. Ce que l’on connait comme étant uniquement très dangereux, destructeur, et globalement innarêtable.
Elle semble avoir une très grande maîtrise d’elle-même. Un principe qui m’est familier, même si nos esprits doivent être tout à fait différents. Je pense qu’elle voit son intégration comme une victoire. Et cela, je ne peux que le respecter.


Mereel. L’un des premiers que nous avons recruté. J’ai apprécié son caractère, cette vision qui se veut presque objective, des choses. Le soir de son recrutement, je savais parfaitement qu’il s’opposerait à certains des ordres. Par conviction, plus que par esprit guerrier ou par goût de la simple opposition. Jusqu’à il y a quelques jours, j’estimais relativement bien le déchiffrer, malgré qu’il écrive parfois à l’envers. C’est le propre des gens malins, et c’est un jeu que j’ai appris à aimer, avec le temps. Mereel demeure cependant un jeune homme. Âge que l’on peut oublier, qui à tendance à s’effacer, lorsqu’il accepte de vous faire pénétrer la profondeur de ses pensées. Il préfère entrebâiller la porte, vous laisse glisser un coup d’œil à l’intérieur, tout en la maintenant belle et bien verrouillée. La discussion, avec le Bosco, concernant les visites médicales est un non sens. Je le lui ai dit. Il a donné l’image de rechigner pour le plaisir de rechigner, au risque de ne plus être entendu sur les choses qui ont de l’importance. C’est ce qui est le plus complexe, dans la hiérarchie d’un navire. Du pouvoir nait la responsabilité, bien plus écrasante que le plaisir qui pourrait y avoir à être haut gradé. Mereel est contradictoire, de par sa nature même – individualiste, dans cette vision qu’il a de la liberté – à son rôle d’infirmier, c’est-à-dire le maintien du bien être de l’équipage. Je pensais que la confiance gommerait petit à petit cette dualité. Peut-être me suis-je trompée.

Ce pessimisme latent, sur cette question de « regagner une confiance ». Par ses mots, il semble avoir lui-même une vision bien étriquée de ce qu’est la hiérarchie. Tout le monde – moi comprise – devons tous les jours prouver que nous méritons notre place à bord. Pas en tant que soldat (qui voudrait l’être ?) mais en tant que membre d’équipage.

J’avais entrevu ce pessimisme, mais pas de cette manière-là. Je me souviens de notre discussion sur les morts. Je me souviens aussi que malgré nos mots et nos certitudes, ils nous hantent sans doute tous les deux, à notre façon. Et je doute qu’une simple réprimande puisse plonger Mereel dans un pareil désarroi, lui qui semble le plud souvent peu trop détaché de tout. La question est de savoir si je peux faire quelque chose. Et s’il me laissera faire, surtout.



Enfin, il y a Baltazar. Je n’ai jamais eu le besoin d’écrire sur lui, de remettre en ordre mes idées. Baltazar est la seule personne qui m’a davantage fait confiance en tant que personne qu’en tant que capitaine. Une loyauté infaillible, qui apparait aux yeux de tous, et qui parfois me fait peur de faillir pour nous deux. Mais Baltazar est fort. Il sait tout à fait mesurer la portée de ses actes. Plus calculateur, pour les mêmes buts. Il doute moins, aussi. Si bien que lorsqu’il doute, je sais qu’il faut l’écouter.

Plusieurs fois, on est venu m’interoger sur notre relation. Depuis quand, comment, et quelle était sa nature, aussi. La dernière partie regarde personne d’autre que nous. Elle s’efface de toute façon devant la confiance et notre loyauté commune à la Flotte.
Il m'arrive d'en rire encore, lorsque je repense à notre première rencontre. Tout chez lui m’avait agacé. Cet orgueil gilnéen mélangé à une détresse infinie. Une bombe à la mèche perpétuellement allumée. Enflammé, là ou j’étais trop rigide, trop distante, trop sure de moi, à cette époque ou je me souciais tant de la guerre, si bien que j’en oubliais pourquoi on la fait.

Une part de moi, souvent étouffée, ne peut m’empêcher de chérir cette loyauté. Je l’ai méritée, certes. Mais cela a un côté rassurant, réconfortant presque, de savoir que quelqu’un se dressera toujours à vos côtés. Parce qu’il vous est redevable, oui. Mais surtout par conviction. Cela, c’est inestimable.


Ecrire ces longues lignes m’a pris plus de temps que prévu. J’ignore si elles sont utiles. Je ne devrais pas me laisser aller à tant de traits d’esprit là ou l’action grondera bientôt. Il y a toujours le temps de la réflexion, le temps calme, qui précède l’action. Et je n’ai jamais hésité dans la tempête, quitte a regretter plus tard.
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MessageSujet: Re: Journal de bord du Capitaine   Lun 5 Mar - 14:19

Le cinquième jour du troisième mois de l’an 38.
A bord du Vengeance de Neptulon, dans la rade de Hurlevent.


Je ne compte plus le nombre de fois ou j’ai entendu cette phrase de la bouche de mes anciens supérieurs. « Un bon soldat est un soldat obéissant ». Si je n’allais pas jusqu’à dire qu’ils sont des imbéciles, ils tiendraient cependant des propos d’une idiotie infinie. Si tant est qu’on puisse définir ce qu’est un bon d’un mauvais soldat, je dirais qu’il est obéissant, oui. Mais aussi réfléchi, avec l’esprit d’initiative. De la hargne, de la conviction, mais qui ne tourne pas à la rage.
Le soldat n’est pas un homme de lumière. Il ne s’agit pas de se hisser en défenseur des trois vertus de la Sainte. Ce n’est pas notre rôle. Non, il est plutôt question de comprendre les raisons qui poussent l’épée à trancher la chaire pour ôter la vie. Avoir un minimum d’esprit critique.
C’est cela que j’ai tenté de faire comprendre à l’équipage, hier soir. Cela, entre autres choses, utilisant le jugement de John Doe pour ce faire.

1. L’importance de la justice. Elle est martiale, évidemment. Expéditive, du fait même d’être un jugement dans l’urgence. Sans réelle enquête, sans réelle défense, avec pour seul élément de clarté les chefs d’accusation. Mais le soldat n’est juge que lorsqu’il se doit de l’être. John Doe était l’exemple parfait de celui à qui on a aucune envie d’accorder un jugement. Outre sa tendance – propre sans doute aux agents du SI :7 – à la mégalomanie, il avait touché l’équipage physiquement (via la blessure infligée à Ysael) et psychologiquement, en les piégeant à plusieurs reprises. Ils l’avaient mauvaise, et à raison. L’exercice d’un jugement objectif était donc aussi ardu qu’indispensable. Je n’ai pas été étonnée que ce soit Vey et Dorwel qui se proposent en tant qu’avocats de fortune. Dorwel est tolérant et miséricordieux là ou Vey a un esprit pragmatique. Ils ont écoutés ce que Doe avait à dire là ou bien des autres n’auraient pas eu la volonté lui retirer son bâillon.
Chacun, même la pire ordure, a le droit à un jugement. Sauf en temps de guerre, peut-être, ou j’ai déjà vu une dizaine d’ébauches de procès pour désertion se tenir, en cour martiale, les uns à la suite des autres. Mais je crois que chacun mérite de se défendre. Les faits sont une chose, immuable. La justification des faits en est une autre. Elle n’excuse rien, n’atténue que rarement, en général, mais elle permet de comprendre. Dans l’esprit commun, elui qui a volé une pomme pour le plaisir de voler passer pour un brigand. Celui qui vole une pomme pour nourrir sa famille affamée est, si ce n’est un héros, un battant, quelqu’un qui fait ce qui doit être fait. Et pourtant, ils sont accusés du même acte, le vol. Différentes circonstances, actes similaires, Risques semblables.
John Doe n’entrait évidemment pas dans cette catégorie. Toutes les excuses du monde – vengeance personnelle, douleur, perte, rancœur – n’expliquent que difficilement un acte de trahison envers un système entier. Sans doute avait-il manigancé tant son entrée (pourtant difficile) au SI :7, que sa sortie. Un plan en plusieurs étapes. John Doe avait eu le choix de ses actes, il avait mesuré les risques. Il n’était pas poussé par la famine, ou la mort imminente. Et les actes qu’il avait commis étaient disproportionnés.


2. Le refus de marchander. Sans doute ce que j’ai eu le plus de difficultés à exprimer à l’équipage. Distinguer le devoir d’une justice juste, dans la mesure du possible, au fait de ne jamais négocier.  John Doe ne s’était pas défendu, hier. Il avait tenté sa chance en marchandant des informations qui auraient été importantes. Le bannissement, contre de quoi faire dégringoler cette pyramide de corruption, dont on n’entrevoit que les premières briques. L’offre était tentante. Par le passé, j’ai plusieurs fois accepté des offres similaires. Ne peut-on pas fermer les yeux sur un seul fruit pourri, lorsqu’on pense pouvoir obtenir le panier ? Les pragmatiques répondraient sans doute – et à raison – que la fin justifie les moyens, et qu’en temps de guerre, l’ennemi ne se prive pas de le faire. Qu’est-ce qu’une entorse minime à un code d’honneur poussiéreux, par rapport aux gains qu’elle peut apporter. Ce qui compte serait alors davantage le résultat final que la méthode pour y arriver.
Cette question m’a longtemps taraudé. Elle rejoint d’ailleurs le sujet de la torture. Les faits sont là, marchander, faire du mal, rapporte souvent bien plus de résultats que le reste. Et une guerre ne se gagne souvent qu’aux résultats. Mais avons-nous réellement l’envie et la légitimité de gagner par ce biais-là ? Baltazar l’a exprimé hier, de manière plus formelle que moi, sans doute. Mais s’imposer des barrières est nécessaire pour ne pas finir par devenir bourreau à son tour.

Justice, donc. Mais justice pour tous. John Doe ne pouvait être banni. Tout d’abord, car les frontières n’existent pas réellement pour un homme de sa trempe, un agent du SI :7. Il aurait donc pu rentrer dans les terres du Roi sans mal, ou continuer ses dessins dans les zones de non-droit. Ensuite, car si j’avais reçu de l’Etat-Major officiellement l’ordre de le juger, je savais très bien qu’ils ne permettraient jamais son bannissement. Son enfermement, peut-être. Mais nul doute que le SI :7 n’aurait pas tardé à le faire disparaître. Doe en avait conscience, d’ailleurs.


Mon jugement de John Doe a suscité une certaine incompréhension. Elle a surpris, sans doute. Perçue comme un retournement de situation. Et comme j’ai pu en discuter peu après avec Elenwe, c’est ce que je recherchais, à vrai dire. Peut-on considérer ce « procès » comme une mascarade ? Peut-être. Mais elle était nécessaire pour qu’ils entrevoient ce qui était important à mes yeux. Si certains ne sont que de passage à bord, un travail comme un autre, une reconversion, un moyen de rebondir… D’autres, qu’ils aient ou non déjà épousé la mer, épouseront sans doute une carrière militaire. Ils deviendront Quartier-Maitre, Second, et éventuellement Capitaine de leur propre bâtiment. Tous seront confrontés à ce genre de situation, à devoir trancher, rapidement, avec des pour et des contres. J’espère qu’ils se souviendront de Doe non pas comme du bon choix à faire, mais comme une vision – la mienne – de ce que doit être la justice. Faire passer les valeurs et la loi au-dessus de l’efficacité militaire, parfois. Ne jamais accorder pardon à celui qui monnaie, mais qui ne s’excuse pas.

Elenwe a soulevé une autre question intéressante. Pourquoi ne pas leur avoir dit directement ce que j’attendais d’eux ? J’aurai pu, évidemment. Mais cela aurait eu bien moins d’impact que s’ils sont eux, directement confrontés à ce genre de question non pas morale mais éthique. Si j’avais exposé au prime abord mon avis, certains l’auraient sans aucun doute suivi car il était mien, quand d’autre s’y seraient opposé exactement pour la même raison. Ce qui peut prêter à sourire. Je pense que Baltazar estime sans doute que je m’attarde trop sur ces questions-là. Mais elles sont importantes, à mes yeux. Car un bon soldat n’est pas celui qui fait ce qu’on lui dit de faire. Un bon soldat est celui qui comprend pourquoi il le fait.


Quoi qu’il en soit, l’affaire de John Doe est classée. Une autre commence. Une enquête, longue, ardue, officieuse et solitaire. Avec ou sans l’aide du traitre du SI :7, je compte bien trouver la branche de l’arbre à laquelle pendent les fruits pourris. Cela prendra du temps, demandera de la délicatesse, et beaucoup de prudence pour ne pas être tel est pris qui croyait prendre. Mais nous y arriverons.
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MessageSujet: Re: Journal de bord du Capitaine   Mar 17 Avr - 11:50

Le dix-septième jour du quatrième mois de l'an 38.
Côtes de Tanaris, Kalimdor.



Cela fait bien longtemps que je n'ai pas couché de lignes sur le papier. L’envie me manquait, ces derniers temps, tout comme la nécessité. L’absence de Baltazar ne semble pas peser sur l’équipage. Personne ne l’évoque, à voix haute, du moins. Dire qu’il ne me manque pas serait un mensonge. Sa loyauté presque aveuglante avait un côté reposant. Je n’ai que peu l’habitude de m’appuyer sur d’autres que moi-même, à tord sans doute, et finalement, sa présence agissait comme un garde-fou. Je pense en avoir découvert d’autres, cependant. Plus subtiles, plus critiques aussi. Sans aucun doute plus efficaces. Le départ du Bosco n’a été qu’un rappel de plus de la volatilité des choses. Rien n’est stable, rien n’est acquis. Certains déçoivent quand d’autres surprennent, mais finalement tout cela n’a pas grande importance, tant que l’équipage fonctionne, et reste en vie.

Si j’ignore avec exactitude ce qui s’est passé entre Herodiade et Baltazar, je n’en dessine que les contours sans pouvoir distinguer les visages, qu’elle l’ait poussé à bout, piégé ou non, maltraité ou non, il ne pouvait se laisser aller à agir de la sorte. Trop colérique, trop orgueilleux. Trop faible. Il avait le grade pour l’autorité, mais pas le respect derrière. Le formalisme aide parfois, mais ne fait pas tout.

J’ignore si Inigo s’en sortira mieux. Mais il est fondamentalement différent du Bosco. L’esprit marin, avant l’esprit militaire. Le courage de la franchise plus que le courage de la discipline. Peut-être n’aura-t-il pas suffisamment de distance avec l’équipage, car quoi il en dise, le grade finit toujours par séparer. Un maigre fossé, et non une véritable crevasse, mais bel et bien là, franchissable d’un bon, sans qu’on prenne le temps d’y construire un pont. Ceux qui étaient des amis le demeurent, mais on est plus réellement un des leurs. Loyaux, mais dans une fraternité différente. S’il endosse pleinement son rôle, il s’en apercevra rapidement. Et cette distance, si elle peut être parfois brisée, est immuable malgré tous les efforts qu’on peut y accorder. C’est dans la nature humaine que de maintenir de la distance avec celui qui donne un ordre. De s’en méfier. Et de le remettre potentiellement en question. Heureusement, d’ailleurs. Sinon, il ne resterait pas beaucoup de militaires. Inigo est proche de l’équipage et des manœuvriers. Flint l’estime beaucoup. J’espère qu’ils resteront sur ce statuquo, le plus longtemps possible.

Cela ne m’a pas surprise outre mesure qu’Hérodiade candidate au même poste. Elle endossera le rôle sans mal. Elle endosse tous les rôles sans mal. Pour l’instant, j’ai toujours tendance à penser que malgré ses ambitions personnelles, et sa vision manichéenne des hommes – puis-je d’ailleurs la lui reprocher réellement alors que les seuls à ne m’avoir jamais déçue sont des femmes ? – elle pensera peut-être collectif au lieu de l’individuel. C’est la seule chose qui me pose un problème, que ce soit pour Inigo ou pour elle. Ils sont sanguins, avec le cœur qui bat au rythme de leur appel à la vengeance. Loyaux, ils se battraient sans doute jusqu’à la mort pour certains. Mais leur rôle est de ne pas mettre les autres en péril pour quelques-uns, même si ça doit leur arracher le cœur que de le faire.

Vey est je pense plus consciente de cet enjeu-là. Déterminée. Je sais finalement si peu de choses d’elle, et de ce qu’elle a pu faire ou ne pas faire avant l’armée. Mais elle agit avec raison, ténacité. Elle ne se laisse que peu emporter. Elle a de l’ambition, mais de celle qui est liée à cette confiance tranquille. Elle n’a pas besoin d’honneurs, de reconnaissance, elle sait simplement qu’il n’y en a que peu qui à cette place feraient un aussi bon boulot.

A eux trois, je mise sur une synergie qui associe leurs différences. Je nommerai Vey et Herodiade bientôt. D’autres suivront, à mesure que nos rangs s’étoffent, de recrues qui sont intéressantes et prometteuses. Neil semble être un peu intenable, cet esprit jeune et sauvage qui lui donne un certain charme, et une profondeur dissipée mais belle et bien présente, derrière un masque qu’il possède avec tant d’aisance qu’elle en devient une seconde peau. Neyrah serait sans doute l’inverse, mais tout comme pour Elohïm, je ne veux pas les cerner comme on cerne des hommes. Elohïm a trop vécu pour que je comprenne réellement les tenants et les aboutissants de son histoire, et les contours que j’aperçois me font frémir d’horreur. S’ils sont à bord, c’est qu’ils ont une bonne raison. Qui me convient. Neyrah est un appel au calme. Et le calme ne fait jamais de mal, surtout dans l’agitation permanente qu’est un équipage. L’espace réduit, le manque de solitude, aiguise souvent les esprits si bien qu’on soit pris de l’envie dévorante de grimper sur ses grands chevaux.

Gwen m’aspire une réelle confiance, malgré une instabilité perceptible derrière le professionnalisme. Ses traits juvéniles apparaissent parfois comme un appât, un masque visant à camoufler une femme qui a appris dès le berceau à être une arme de guerre. Dangereuse, destructrice, mais relativement fragile. Dépourvue de la force d’Herodiade ou de Romilda, de celles qui n’attendent plus grand-chose de la vie, et qui servent pour ne pas décrépir, parce que de tous les choix, il s’agissait sans doute du dernier encore un peu censé à faire.  C’est un choix que j’ai sans doute réalisé bien des années avant elles, mais poussée par la même idée. Peu optimiste.

Théli est lui aussi une personne aux multiples facettes. Tant discret qu’amusant. Bon camarade. Mesuré, prudent, mais il était dans la fosse avec les autres, hier. Sans aucune hésitation. Il a ce côté enfantin, lui aussi, pas encore trop abimé par la vie. Je pense qu’il trouvera son compte ici, mais qu’il perdra aussi beaucoup, à commencer par les quelques attaches sentimentales qu’il peut avoir aux Bois ou ailleurs. Je ne le lui souhaite pas, évidemment. Mais je n’ai jamais vu, en quinze ans de service, aucun homme ou femme à terre accepter la vie que l’on mène : la crainte de voir le soldat tomber au combat n’est égale qu’à celle de voir le marin tomber amoureux d’une autre, la mer.

Enfin, il y a Romilda et Mikhaïl.

Romilda, mon amie de toujours. La seule et unique amitié, en dehors de Duchêne, que j’ai réussi à tisser et à préserver, après tant d’années. Je lui enviais parfois sa vie, dans le nord. Un homme et des enfants à aimer sans se protéger, jamais, dans cette carapace qui est censée préserver de la peur de perdre. Elle les a tous perdu quand même. Lorsque je l’observe, je me demande parfois comment serait la femme que j’ai connue heureuse dans cet équipage. J’ignore la réponse, la question n’ayant pas lieu d’être. J’affronterai bien des géants des mers, pour lui sauver la peau. Mais si hier il avait été impossible de la sortir de là sans que certains y laissent la peau, je n’aurai pas bougé le petit doigt. Cela m’aurait fendu le cœur en deux. C’est là qu’est la vraie force, le sens du devoir, le véritable courage. Loin de l’héroïsme suicidaire, lorsqu’il engage des dizaines de vies en plus de la sienne. Prendre une décision qui nous vaudra bien des foudres, et accepter la colère et la douleur des autres. C’est ce que j’attends des futurs quartier-maitres. Romilda, quant à elle, en a autant conscience que moi. Elle ferait sans doute un excellent quartier-maitre. Un second idéal. Mais je ne veux pas lui demander plus. Elle a trop donné, et ce qu’elle donne déjà est suffisant, sauf si d’elle-même lui prend le désir d’en faire davantage qu’elle ne le fait déjà.

Enfin, il y a Mikhaïl. Discret, mais plus présent que beaucoup d’hommes avec lesquels j’ai pu combattre jusqu’alors. Nous sommes assez similaires sur bien des points, et sa présence m’apaise. Je ne lui demanderai jamais d’être un roc sur lequel je peux m’appuyer, mais il l’est déjà, qu’il en soit conscient ou non. Il favorisera toujours le groupe et les enjeux qui nous animent à l’affect. Il a fait cela toute sa vie, par son ancien métier. Il a aimé et perdu à cause de ça, comme moi. C’est quelque chose qui nous rapproche. Je me livre à lui plus que je ne le devrais, sans doute. Le mal de dos qui me rongeait davantage ces derniers jours,  un juste retour des choses depuis que Dorwel avait interrompu ce lien magique qui nous unissait. Peut-être était-ce le fait de revenir en Pandarie, dans cette forêt de jade que je n’associe qu’à la douleur et à l’horreur. Le lieu qui a brisé le corps et l’esprit. Ou peut-être était-ce simplement ce temps humide, qui réveille l’insidieux, comme des coups de poignards qui rappellent à mon souvenir cette incision, chirurgicale, faite pour détruire et non reconstruire ce qui a été brisé. Ma plus grande peur, bien au-devant du fait de mourir au combat ou en mer, reste celle de me retrouver immobile, dans une cage que devient son propre corps. De se détériorer, petit à petit. D’être incapable d’assumer les fonctions auxquelles j’ai dédié ma vie. Mikhaïl l’a bien compris. Tout le monde est remplaçable, moi la première. Et le fait que l’ancien agent soit à mon bord me rassure quelque peu sur ce qui se passerait pour l’équipage, si tel devait être le cas.
Il est sans aucun doute capable d’assurer un poste autre que celui qu’il occupe aujourd’hui. J’ignore s’il en a l’envie. Sans doute réfléchit-il comme moi, en termes de besoin plus que de désir. Et bien que ça soit sans doute égoïste, j’apprécie de l’avoir à mes côtés, avant de le voir aux côtés de l’équipage. Comme une bouffée d’air qui me fait distinguer le grade de l’humain, pendant quelques instants.  Mais la frontière entre les deux est mince, et ce qui doit être fait sera fait. C’est une évidence.

Cela ne fait que trois mois que nous sommes rentrés des Iles brisées. Mais un nouvel équipage a bel et bien émergé, davantage hétéroclite, disparate que le précédent. Mais c’est ce qui fait sa richesse. Et je suis attachée à chacun d’entre eux. De cet affect qui en devient douloureux lorsqu’ils partent ou qu’ils disparaissent. De cet affect sans aucun regret. Azeroth tourne et continue de tourner avec ou sans nous.
Est bien orgueilleux celui qui croit qu’il est indispensable à l’avenir du monde.
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MessageSujet: Re: Journal de bord du Capitaine   Jeu 7 Juin - 17:40




Le septième jour du sixième mois de l'an 38,
K3, Pics Foudroyés, Norfendre.


Le printemps n'atteint pas le Norfendre. Le froid intense est d'ailleurs bien la seule chose tangible ici. Rares sont les terrains qui me sont aussi inconnus que ceux-ci. Je me souviens encore de la Toundra et des Grisonnes lors de la guerre contre le Roi-Liche, mais je m’étais surtout tenue à la défense du Fort de la Bravoure et au transport de troupes, enchainant les allers-retours avec Hurlevent et Ménéthil.
Le Norfendre est glaçant dans tous les sens du terme. Glaçant, glacé, désert. Rares sont les soldats à tenir encore position. Et pourtant les dangers ne manquent pas. C’est une des rares fois ou je saisis pleinement les limites de mes compétences. J’ai l’impression d’avancer à l’aveuglette ou presque, sans aucune préparation. On a beau tracer un itinéraire sur une carte, la pratique s’avère bien plus ardue. Et le fait est que l’on subit d’avantage les attaques et les éléments que l’on parvient à se mettre dans une quelconque position de force.
La traversée du bastion de la garde d’Argent vers K3 en est un parfait exemple. L’attaque des non-morts m’a prise ou dépourvu, je ne m’attendais pas à en croiser un si grand nombre dans les plaines. Ces dernières années m’avaient fait oublier leur force et leur agilité. Et ma jambe encore engourdie n’est qu’un rappel mérité de cette versatilité. L’avalanche était encore plus difficile à prévoir. Le symbole même d’embarquer des marins pour des missions en territoire montagneux. On ne voyait rien à dix mètres, mais sans doute que quelqu’un connaissant réellement le terrain aurait pu prévoir le danger.
De ces expériences, il n’y a pas eu trop de casse. Matérielle, plus qu’humaine. Mais surtout beaucoup de chance. Et je déteste m’en remettre au destin, l’équipage mérite mieux. Il est grand temps de reprendre les choses en mains, à croire que je me suis quelque peu ramollie, depuis les îles brisées. Hurlevent est une cage dorée, et la mer une zone de confort qui recouvre les deux tiers d’Azeroth, mais une zone de confort tout de même. Et il est grand temps d’en sortir.
Quand je pense que l’on prend ces risques pour un nain capricieux qui refuse d’emprunter des portails. Cela aiguille sur la valeur qu’il doit avoir aux yeux de l’Etat-Major. Inestimable ou presque.


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